Chalarose du frêne
Biologie
L’agent responsable de la chalarose, Hymenoscyphus fraxineus (anciennement appelé Chalara fraxinea), est un champignon ascomycète. En mai-juin, ses spores sexuées, les ascospores, sont disséminées par le vent, parfois sur de longues distances. Elles infectent d’abord les feuilles (Fig. 1A). Le mycélium progresse dans le limbe, puis dans le pétiole et le rachis, avant de coloniser les rameaux, où il peut provoquer la formation de chancres.
En hiver, les rachis infectés tombés au sol se couvrent d’une plaque noire (plaque pseudosclérotiale), sur laquelle des spores asexuées, les conidies, sont produites au printemps (Fig. 1B). Ces spores jouent le rôle de spermaties et interviennent dans la reproduction sexuée.
Entre juin et septembre de l’année suivante, de petites fructifications sexuées en forme de coupe, de couleur blanc-beige, apparaissent sur les rachis infectés présents dans la litière (Fig. 1C). Il s’agit d’apothécies, aussi appelées pézizes. Elles produisent des ascospores qui, à maturité, sont projetées dans l’air et disséminées par le vent. Ces ascospores peuvent alors infecter des frênes voisins ou atteindre d’autres peuplements.
Après quelques années, les rachis infectés peuvent s’accumuler dans la litière, car leur dégradation est ralentie par la présence de la plaque pseudosclérotiale. Ils peuvent alors produire de grandes quantités d’ascospores et constituer une source importante d’inoculum à proximité des frênes (Fig. 1D). Ces ascospores peuvent également infecter la base du tronc, probablement en pénétrant dans les tissus par les lenticelles. Ces infections secondaires peuvent être particulièrement dangereuses pour l’arbre : elles provoquent des chancres susceptibles de ceinturer le tronc.

Symptômes
En Europe, le champignon cause des dégâts sévères sur le frêne commun (Fraxinus excelsior) et le frêne oxyphylle (F. angustifolia). Le frêne à fleurs (F. ornus) n’est en revanche pas sensible à la maladie.
Les premiers symptômes apparaissent généralement sous la forme de mortalités de rameaux dans le houppier (Fig. 2A). Les feuilles infectées présentent d’abord des taches, puis flétrissent et noircissent (Fig. 2B). Elles restent souvent attachées aux rameaux atteints. Le champignon progresse ensuite depuis les feuilles vers le rameau, où il provoque des nécroses de couleur orangée (Fig. 2C). Des chancres, souvent de forme losangique, peuvent alors se développer à l’embranchement des rameaux infectés (Fig. 2D).
L’arbre infecté peut réagir en produisant des gourmands et des pousses secondaires, ce qui lui confère progressivement un port buissonnant (Fig. 2E).
À la base du tronc, des chancres de forme triangulaire et incurvée peuvent se développer (Fig. 2F), notamment dans des peuplements denses situés en zone humide. Plusieurs chancres peuvent être présents à différents endroits autour de la base du tronc. En coupe transversale, le bois présente une coloration plus foncée, qui peut s’étendre jusqu’à la moelle (Fig. 2G).
Les symptômes observés au collet et ceux présents dans le houppier résultent d’infections distinctes. L’apparition d’un chancre au collet n’est donc pas nécessairement liée à la progression d’une infection provenant de la couronne, et inversement.
Dans la régénération et chez les arbres de moins de 5 cm de diamètre, les taux de mortalité annuelle chez le frêne commun sont de l'ordre de 30%. Les arbres matures dépérissent généralement plus lentement que les arbres jeunes.

Risque de confusion
Outre H. fraxineus, divers champignons et bactéries pathogènes peuvent provoquer le dépérissement du frêne ainsi que des lésions sur ses tiges et ses feuilles. Parmi eux figurent notamment des champignons tels que Nectria galligena, responsable de chancres sur les tiges, et des bactéries telles que Pseudomonas savastanoi, à l’origine de la formation de galles (Fig. 3).
Toutefois, le risque de confondre une infection causée par H. fraxineus avec d’autres problèmes phytosanitaires reste relativement faible. En effet, lorsque l’on considère l’ensemble des symptômes associés à la chalarose, ceux-ci sont généralement suffisamment caractéristiques pour permettre de la distinguer d’autres affections.

Les arbres atteints de chalarose peuvent également être affectés par des infections secondaires dues à des armillaires, des champignons responsables du pourridié racinaire (Chandelier et al. 2016). Ces infections se caractérisent notamment par la présence d’écoulements noirâtres à la base du tronc et par des décollements de l’écorce (Fig. 4A). Des palmettes blanchâtres, constituées du mycélium du champignon, peuvent également être observées sous l’écorce (Fig. 4B). Ces champignons lignivores accélèrent la dégradation du bois et peuvent fragiliser les arbres, allant jusqu’à provoquer leur chute.

Bibliographie
Chandelier A, Gerarts F, San Martin G, Herman M, Delahaye L. (2016). Temporal evolution of collar lesions associated with ash dieback and the occurrence of Armillaria in Belgian forests. Forest Pathology 46, 289-297.
Localisation
Le champignon Hymenoscyphus fraxineus est un pathogène invasif originaire d’Asie de l’Est. Il a probablement été introduit en Europe par le biais du commerce international de végétaux, vraisemblablement avec du matériel végétal infecté provenant de frênes asiatiques.
Les premiers symptômes de la maladie ont été observés au début des années 1990 dans le nord-est de l’Europe, notamment dans la région frontalière entre la Pologne et la Lituanie. Le pathogène n’a toutefois été identifié et décrit que plusieurs années plus tard, notamment parce que la maladie était jusque-là inconnue en Europe.
En Asie de l’Est, Hymenoscyphus fraxineus a coévolué avec des espèces de frênes asiatiques, qui présentent généralement une plus grande tolérance à l’infection. Le champignon n’y était donc pas connu comme responsable d’une maladie provoquant des dépérissements importants. Son introduction en Europe l’a mis en contact avec des espèces de frênes européennes particulièrement sensibles, entraînant l’apparition de la chalarose.
Le champignon s’est ensuite propagé rapidement à travers une grande partie de l’aire de répartition des frênes en Europe.
En Belgique, le pathogène a été signalé pour la première fois en 2010 dans des peuplements de frênes situés dans le Hainaut (Chandelier et al. 2011). Il s’est ensuite rapidement propagé à l’ensemble du territoire et est aujourd’hui largement présent dans les peuplements de frênes.
Bibliographie
Chandelier A, Delhaye N, Helson M (2011). First report of the ash dieback pathogen Hymenoscyphus pseudoalbidus (anamorph: Chalara fraxinea) on Fraxinus excelsior in Belgium. Plant Disease, 95, 2, 220
Lutte
Il n’existe actuellement aucune méthode de lutte curative contre la chalarose du frêne. De plus, les spores du champignon responsable de la maladie peuvent être transportées par le vent sur de longues distances. Il n’est donc pas possible, à l’échelle d’un peuplement ou d’une région, de stopper efficacement la propagation du pathogène ni d’éradiquer la maladie.
Cependant, des frênes présentant un houppier peu ou pas dégradé sont parfois observés dans des peuplements fortement touchés par la maladie. Cette situation est constatée dans différentes régions d’Europe. Des travaux de génétique forestière ont montré qu’environ 1 à 3 % des frênes présentent une certaine tolérance à la maladie et que ce caractère est potentiellement héritable, avec une héritabilité estimée à 40 % dans des conditions optimales (Cano et al., 2021).
Comment sélectionner des frênes tolérants à la chalarose ?
Une démarche de sélection de frênes tolérants à la chalarose a été mise au point en Wallonie (Chandelier et al., 2022). Cette méthode ne peut être mise en œuvre que dans des peuplements où le frêne est bien représenté et où la maladie est présente depuis au moins cinq ans. Cette durée permet à la maladie de s’exprimer suffisamment pour pouvoir observer d’éventuelles nécroses à la base des troncs. Les frênes ne doivent pas être trop âgés afin que leur écorce reste suffisamment fine, ce qui facilite l’observation des nécroses au pied des arbres.
La première étape se déroule en été. Elle consiste à sélectionner les frênes présentant un houppier peu ou pas défolié, c’est-à-dire avec moins de 15 % de défoliation (Fig. 5A).
La deuxième étape se déroule en hiver, lorsque la végétation au sol est peu développée, afin de faciliter l’observation de la base des arbres sélectionnés en été. La mousse qui recouvre les troncs est retirée à l’aide d’une brosse en chiendent. Toute la circonférence du tronc est ensuite examinée afin de repérer d’éventuelles nécroses caractéristiques d’une infection par H. fraxineus (Fig. 5B). Les arbres ne présentant aucune nécrose au pied sont alors sélectionnés.

Des greffons sont ensuite prélevés sur les arbres sélectionnés et greffés sur des porte-greffes appartenant à des espèces de frênes peu sensibles à la maladie. Des travaux réalisés au CRAW en 2026 ont montré que le greffage était possible sur F. ornus et, dans une moindre mesure, sur F. americana, deux espèces de frênes peu sensibles à la chalarose (Nihoul, 2026). Ces résultats devront toutefois être confirmés dans le temps.
L’étape suivante consistera à constituer des vergers à graines regroupant les différents génotypes de frênes potentiellement tolérants à la chalarose sélectionnés en Wallonie et multipliés par greffage sur des frênes appartenant à des espèces peu sensibles à la maladie. L’objectif sera de favoriser leur reproduction et d’augmenter ainsi la probabilité d’obtenir des descendants présentant une tolérance à la chalarose.
Comment gérer des peuplements forestiers atteints de chalarose ?
La présence de chalarose ne justifie pas, à elle seule, l’abattage systématique des frênes ni la réalisation de coupes à blanc dans un peuplement. De telles interventions, lorsqu’elles sont prématurées ou généralisées, risquent notamment d’éliminer des arbres potentiellement tolérants à la maladie (Delahaye et al. 2015).
L’introduction d’autres essences dans les peuplements infectés est aujourd’hui recommandée afin de diversifier les peuplements, de maintenir un couvert forestier et de favoriser la pérennité des organismes associés aux écosystèmes de la frênaie. Cette diversification peut également contribuer à limiter les conséquences de la chalarose sur les frênes restant sur pied. Le maintien de frênes isolés dans des peuplements feuillus mélangés est préconisé pour les mêmes raisons.
En dehors de toutes considérations économiques, la conservation de semenciers, même s’ils sont atteints par la maladie et tant qu’ils ne représentent pas un risque pour les chemins et les infrastructures, pourrait permettre de produire une régénération naturellement tolérante à l’avenir.

Bibliographie
Cano B, Cousseau G, Dowkin A, Marçais B, Husson C, Siantonge FX (2021). Le frêne face à la chalarose. CNPF-IDF
Chandelier A, Bay E, Goosse JL, Jacques D, Lateur M, Lucau-Danila C (2022). Des frênes tolérants à la chalarose…une lueur d’espoir. Silva Belgica 5, 42-46
Delahaye L, Herman M, Claessens H, Chandelier A, Marchal D (2015). Note de référence pour la gestion du frêne dans le contexte de la crise liée à la chalarose. Forêt Nature 136, 53-58
Nihoul Etienne (2026). Le greffage du frêne commun face à la chalarose. Travail de fin d’études réalisé au Centre Wallon de Recherches Agronomiques de Gembloux (Belgique) sous la supervision de Sophie Dufour. Haute Ecole Condorcet, 71 p.
Législation
Hymenoscyphus fraxineus n’est pas réglementé au niveau européen et ne figure pas sur la liste d’alerte de l’Organisation Européenne et méditerranéenne pour la Protection des Plantes (OEPP).
La rapidité avec laquelle le champignon s’est propagé à travers l’Europe a rendu difficile la mise en place de mesures phytosanitaires visant à empêcher son introduction ou à limiter sa dissémination. La maladie étant désormais largement établie sur le territoire européen, des mesures de réglementation et d’éradication à grande échelle apparaissent difficilement envisageables.