Le TFA dans les eaux de distribution en Wallonie
L’acide trifluoroacétique (TFA : CF3COOH) est le plus petit PFAS que l’on puisse envisager. Il est classé dans les « ultra-short chain PFAS » (très courte chaîne) et ses propriétés sont différentes des PFAS à longue chaîne (nombre de carbone ≥ 6) tels que le PFOS et le PFOA. Comme tous les PFAS, il présente une remarquable stabilité thermique, chimique et biologique. Très soluble dans l’eau, il est très mobile et on le retrouve dans différentes matrices environnementales, notamment la pluie, le brouillard, les eaux avec de grands réservoirs dans les océans. Il s’accumule dans l’atmosphère et ne subit pas de dégradation photochimique (décomposition sous l’action de la lumière). Cependant, le TFA n’est sujet ni à la bioaccumulation (accumulation dans les êtres vivants), ni à la biomagnification (amplification au sein d’une chaîne alimentaire) (Ellis et al., 2001).
Sources potentielles d’exposition
Les sources potentielles de TFA identifiées sont multiples. Il est utilisé dans de nombreuses applications industrielles (il s’agit d’un acide très fort) et pour la production de molécules fluorées. Il se forme également par dégradation de certains produits chimiques, notamment les fluides réfrigérants (HFC) et d'autres composés fluorés, ou encore de certains produits phytosanitaires (pesticides fluorés) utilisés en agriculture.
Effets sur la santé
Les données disponibles, à l’heure actuelle, indiquent que le TFA présente un potentiel de toxicité pour les organismes vivants, notamment les mammifères. Bien que les informations soient encore limitées et que des incertitudes subsistent, des effets indésirables ont été observés dans des études animales, à des doses relativement élevées, principalement sur le foie. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) considère ces observations suffisamment préoccupantes pour justifier la définition de valeurs de référence toxicologiques et la mise en place de mesures visant à limiter l’exposition.
Possible reclassification de la toxicité du TFA
L’Allemagne a récemment proposé à l’agence européenne des produits chimiques (ECHA) de réévaluer la toxicité du TFA pour la reproduction, sur la base de données récentes obtenues chez le lapin (Arp et al., 2024 ; ECHA).
En juin 2026, le Comité d’évaluation des risques de l’ECHA a rejoint l’Allemagne et émis un avis scientifique favorable à une classification harmonisée du TFA comme substance toxique pour la reproduction de catégorie 1B. Selon cette proposition, la substance présenterait donc un risque pour la fertilité ou le développement du fœtus, chez l’homme, sur la base d’études faites chez les animaux mais non validées chez l’humain. L’ECHA propose également de reconnaître le TFA comme substance persistante, mobile et toxique (PMT) et très persistante et très mobile (vPvM).
Il convient toutefois de souligner que cet avis du Comité d’évaluation des risques ne constitue pas encore une classification officielle de la substance. Il s’inscrit dans la procédure européenne de classification harmonisée et devra, pour produire des effets contraignants, être formellement validé par la Commission européenne au travers d’une modification du règlement CLP relatif à la classification, à l’étiquetage et à l’emballage des substances et des mélanges.
Les travaux menés au niveau européen, notamment par l’EFSA et les autorités sanitaires nationales, devront être suivis avec attention. La nouvelle classification proposée est susceptible d’entraîner, à moyen terme, un réexamen des valeurs toxicologiques de référence applicables au TFA. Si ces valeurs devaient être revues à la baisse, les valeurs guides relatives à l’eau potable pourraient également être réévaluées. Dans l’attente de cette consolidation scientifique européenne qui aura lieu dans un délai estimé à un à deux ans, il apparaît nécessaire de maintenir une approche proportionnée, fondée sur la vigilance, l’acquisition de données complémentaires et l’adaptation progressive des mesures de gestion.
Dans ce cadre, l’EFSA a réévalué ce 22 juillet 2026 la dose journalière admissible (DJA) du TFA, c’est-à-dire la concentration maximale estimée d’une substance qui peut être consommée quotidiennement sans présenter de risque pour la santé. La DJA passe de 0,050 à 0,014 mg de TFA par kg de poids corporel et par jour. En transposant cette DJA à un homme de 70 kg qui consomme deux litres d’eau par jour, et en considérant que l’eau potable constitue 20 % de l’exposition journalière totale au TFA, on obtient une concentration maximale de 98 µg/L dans l’eau potable, ce qui ne remet pas en cause la valeur guide établie par le CSI de 2,2 µg/L d’eau (cf. ci-dessous).
Valeur guide pour l’eau de distribution
Il n’existe actuellement aucune norme légale pour le TFA dans l’eau. Qu’il s’agisse des eaux de surface, des eaux souterraines ou de l’eau de distribution, le TFA n’est pas pris spécifiquement en considération dans la réglementation, ni européenne, ni régionale relative à l’eau. Il n’existe pas non plus, à ce jour, de recommandation sanitaire en fonction du niveau d’exposition.
A la demande du Gouvernement wallon, le Conseil scientifique indépendant (CSI) PFAS s’est toutefois penché sur la toxicité du TFA et, au terme de son analyse en août 2024, a recommandé comme valeur guide la concentration de maximum 2,2 µg/l (2200 ng/l) de TFA dans le réseau d’eau potable wallon (sur base des travaux du RIVM, RijksInstituut voor Volksgezonheid en Milieu). Le CSI précise en outre qu’un dépassement de cette valeur guide ne remet pas en cause la potabilité de l’eau. Dans son rapport de mai 2025, le CSI confirme cette valeur guide en l’attente de données toxicologiques plus robustes.
L’administration compétente (le SPW-ARNE) a pris pour option d’utiliser cette valeur guide comme mesure temporaire, en complément à la norme de 0,10 µg/l (100 ng/l) pour la somme des 20 PFAS dans l’eau de distribution en vigueur à partir du 1er janvier 2025. Tout dépassement de cette valeur guide pour le TFA dans l’eau de distribution, ne remet pas en cause la potabilité de l’eau de distribution mais nécessitera un plan de surveillance accru afin d’identifier la source de contamination au TFA et de l’éliminer. Il s’agit bien sûr d’une mesure complémentaire qui sera suivie, même si la norme de 0,10 µg/l pour la somme des 20 PFAS suivis en application de la réglementation sur l’eau de distribution est respectée.
Bien que postérieure à l’analyse du CSI, la récente proposition de reclassification du TFA ne remet pas en question la valeur guide proposée. La région wallonne reste cependant attentive aux éventuelles directives de l’EFSA et adaptera ses recommandations, le cas échéant.
Monitoring du TFA dans l’eau de distribution
Pour caractériser la situation en Wallonie, le TFA a fait l’objet d’un premier contrôle coordonné par la SWDE sur l’ensemble des 642 zones de distribution d’eau en juin-juillet 2024. Le TFA n’a pas été retrouvé dans l’eau distribuée de 44 zones de distribution. Des teneurs supérieures ou égales à 2,2 µg/l, valeur guide proposée par le CSI, ont été observées au niveau de 13 zones de distribution parmi les 642 que compte la Wallonie.
Des analyses complémentaires ont été effectuées en septembre-octobre 2024 afin de confirmer les dépassements observés et le cas échéant, d’identifier les sources de contamination (voir rapport d’avril 2025 ci-dessous).
Au vu de la grande variabilité des teneurs en TFA observées en eau de distribution et en eau brute, d’une campagne à l’autre en 2024, et compte tenu des incertitudes sur son origine et sur son comportement dans les eaux souterraines, la poursuite du monitoring du TFA dans les eaux de distribution a été jugée nécessaire. Dans le cadre du Schéma Régional Ressources en Eau 3.0 (SRRE3.0), un troisième monitoring relatif au TFA, et couvrant toutes les zones de distribution wallonnes, est en cours et devrait se terminer fin 2026. Les résultats de la campagne d’analyse réalisée entre octobre et novembre 2025 sur l’ensemble des zones de distribution sont disponibles (voir rapport de juin 2026 ci-dessous). Des travaux sont également en cours pour identifier les sources potentielles de contamination et expliquer les variations de concentration régulièrement observées au cours du temps.
L'état des lieux complet du monitoring du TFA dans l’eau de distribution, ainsi que le rapport du CSI sont téléchargeables :
Détection du TFA dans l’eau destinée à la consommation humaine
La détection du TFA dans l'eau destinée à la consommation humaine nécessite des techniques analytiques sensibles et spécifiques en raison des faibles concentrations auxquelles il peut être présent.
La technique HPLC-MS/MS est la technique de choix pour le dosage du TFA dans l’eau. Elle combine une séparation du TFA des autres molécules présentes dans l’eau par chromatographie liquide à haute performance (HPLC) et la détection par spectrométrie de masse en tandem (MS/MS) pour une mesure très sensible et spécifique.
Techniques d’élimination du TFA dans l’eau destinée à la consommation humaine
Les techniques conventionnelles utilisées dans le traitement de l’eau de distribution (comme la chloration ou la filtration, ou même le charbon actif) ne sont pas efficaces pour éliminer le TFA. Il est nécessaire de recourir à des techniques plus avancées comme l’osmose inverse. Cette technologie est onéreuse et consommatrice d’énergie et d’eau. De plus, elle concentre les contaminants dans un volume pouvant dépasser 10 % du volume traité et la gestion de ce concentrat de TFA retiré de l’eau pose question pour le respect de l’environnement. Enfin, une eau osmosée est débarrassée de tous les éléments qui y sont dissous, y compris les sels minéraux. Elle nécessite donc une reminéralisation pour la rendre potable.