PFAS

 

PFAS.pngL'acronyme PFAS (pour Poly- and Per- FluoroAlkyl Substances) désigne une famille de composés chimiques synthétiques fluorés qui présentent des propriétés physiques et chimiques particulières : résistance à la température, antitaches, hydrofuges, anti-graisses, etc. Ces propriétés ont rendu les PFAS intéressants pour l’industrie, ce qui fait qu’ils sont présents dans de nombreux produits de notre quotidien : vêtements techniques (imperméables, anti-feu, etc.), poêles antiadhésives, mousses anti-incendie, emballages alimentaires, etc. 

La chimie de tous les PFAS est basée sur des liaisons carbone-fluor très stables. Ils varient selon la longueur de leur chaîne carbonée. Ces liaisons chimiques stables en font également des composés chimiques très peu dégradables une fois dans l'environnement. C’est la raison pour laquelle on les surnomme parfois les «forever chemicals» ou «composés chimiques éternels». 

Nous pouvons ainsi être exposés aux PFAS dans notre environnement intérieur, parfois sur notre lieu de travail, à travers notre alimentation ou encore via l’eau potable que nous consommons.

Vidéo : "C'est quoi les polluants éternels ?"

 

Sources potentielles d’exposition et diffusion des PFAS dans l’environnement

Les PFAS sont utilisés dans le monde entier depuis les années 1950. Ces substances servent à rendre les produits de consommation résistants à l'eau, à l'huile et à la graisse et pour prévenir les taches. Les PFAS sont donc utilisés dans de très nombreux produits, tels que les poêles à frire antiadhésives, les vêtements imperméables, les produits de nettoyage, les emballages alimentaires, les peintures et vernis, certains produits d’hygiène (shampooing, fil dentaire, vernis à ongle, …) (Rapport du biomonitoring humain européen HBM4EU, 2021). Ils ont été également utilisés de manière intensive dans des mousses d’extinction d’incendie (entre autres pour des exercices dans les centres d’entrainement des pompiers et des militaires et les aéroports), ce qui explique en bonne partie leur dispersion partout dans l’environnement. D’autre part, la plupart des gros problèmes de pollutions par les PFAS sont dus à des rejets industriels (dans l’air et/ou dans l’eau) mal gérés d’entreprises fabriquant ou utilisant des PFAS (voir par exemple 3M à Anvers).

Les PFAS sont très persistants et très mobiles dans l’environnement. Ils sont donc omniprésents dans l’environnement (air, sol, eau) et contaminent les êtres vivants dont l’Homme (Rapport du biomonitoring humain européen HBM4EU, 2019). 

Pour la population générale, la principale source d’exposition à ces substances est l’alimentation. En effet, les PFAS peuvent s’accumuler dans les aliments, en particulier les produits de la mer, les œufs et les viandes mais peuvent être également retrouvés dans les eaux destinées à la consommation humaine. Du fait de leur volatilité et mobilité dans l’environnement, l’exposition des PFAS peut également se faire via l’inhalation de poussières. Enfin, la voie cutanée représente la dernière source de contamination possible, lors de contact direct avec des produits de consommation contenant ces composés.

Valeurs de référence

Les PFAS font partie de la catégorie des polluants dits "émergents", les valeurs de référence pour cette substance sont donc récentes et peuvent évoluer en fonction des connaissances scientifiques.

Valeurs-seuils santé

Les experts du Conseil Scientifique Indépendant PFAS ont remis, mi-avril 2024, un avis sur les valeurs-seuils santé pour les PFAS. Ils recommandent d’utiliser les valeurs de référence définies par les National Academies of Sciences (NAS) américaines (NASEM, 2022), complétées par les valeurs HBM I de la Commission Nationale de Biomonitoring allemande  pour le PFOS et le PFOA.

Deux valeurs-seuils santé sont définies par les NAS pour une somme de 7 PFAS, à savoir l’addition des concentrations en PFOA (linéaires et ramifiés), PFOS (linéaires et ramifiés), PFHxS, PFNA, PFDA, PFUnDA, MeFOSAA. Cet indicateur est nommé ici : Somme PFAS NAS

Seuils de la somme PFAS NAS

  • 2 µg/L
  • 20 µg/L

Sous 2 µg/L, il n’y pas d’effet néfaste attendu suite à l’exposition aux PFAS. Il existe un risque d’effets indésirables, entre 2 et 20 µg/L, en particulier chez les populations sensibles, et un risque accru d’effets indésirables au-delà de 20 µg/L.

La commission allemande pour le biomonitoring humain (HBM) a établi des valeurs de référence santé pour les composés Acide perfluorooctanoïque (PFOA) et Acide perfluorooctanesulfonique (PFOS) mesurés dans le sang  (voir tableau ci-dessous – Hölzer et al., 2021 ; Schümann et al., 2021). 

                         HBM-I
               Population générale
PFOA               2 µg/l 
PFOS               5 µg/l 

La valeur HBM-I représente la concentration d'une substance dans le matériel biologique humain (ici le sang) à laquelle et en dessous de laquelle, selon les connaissances actuelles, il n'y a pas de risque pour la santé.

Valeurs de référence dans l’alimentation

La Commission européenne et les Etats membres ont décidé le 22 juin 2022 de fixer des teneurs maximales pour certaines substances perfluoroalkylées, dites PFAS, dans plusieurs catégories de denrées alimentaires.

En 2020, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a évalué les risques, de leur présence dans les aliments, pour la santé humaine. L’EFSA s’est concentrée sur 4 PFAS qui contribuent pour plus de la moitié de l’exposition. Pour ceux-ci, elle a établi un seuil de sécurité sous la forme d’une dose hebdomadaire tolérable (DHT) qu’elle a fixé à 4,4 nanogrammes par kilogramme de poids corporel. L’EFSA a aussi montré que ce seuil est dépassé par une partie de la population européenne, ce qui est préoccupant.

Sur base de cet avis, des teneurs maximales ont été fixées pour les œufs, les poissons, les crustacés, les mollusques bivalves, la viande et les abats comestibles dans le but d’assurer un niveau suffisant de protection de la santé des consommateurs (Règlement UE 2022/2388).

A partir du 1er janvier 2023, les produits dont les teneurs en PFAS excèdent ces teneurs maximales ne pourront plus être mis sur le marché. En parallèle, les autorités compétentes des Etats membres feront une surveillance plus large des PFAS dans les denrées alimentaires, en collaboration avec les exploitants du secteur alimentaire, jusqu’en 2025, afin de combler le manque de données pour de nombreux aliments et fixer si besoin de nouvelles normes (Recommandation UE 2022/1431).

En Belgique, ce processus de normalisation est suivi par l’Autorité fédérale par l’intermédiaire de l’AFSCA (Agence fédérale de sécurité alimentaire), qui en est responsable (PFAS: teneurs maximales dans les denrées alimentaires | SPF Santé publique (belgium.be) ; AFSCA - FAQ PFAS).

Norme dans l’eau

En 2026, 100 nanogramme/litre d’eau (ng/l), c’est-à-dire 1/10.000.000ème de gramme par litre d’eau, sera la valeur maximale pour la somme des concentrations mesurées de 20 PFAS spécifiquement identifiées dans la directive européenne 2020/2184 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation.

En Wallonie, le seuil des 100 ng/L est appliqué depuis le 1er janvier 2025, soit un an plus tôt que ce qui est imposé par l’Europe.

Effets sur la santé

Des lacunes persistent dans les connaissances des effets des PFAS sur la santé humaine, notamment du fait de la grande diversité de molécules incluses dans ce groupe et de la difficulté d’obtenir des données solides chez l’être humain. Néanmoins, un certain nombre de propriétés toxiques des PFAS sont aujourd’hui bien documentées. Le Centre international de Recherche sur le Cancer (IARC, International Agency for Research on Cancer) classe le PFOA comme « cancérogène » (Groupe 1) et le PFOS comme « cancérogène possible » (Groupe 2B) (Zahm et al., 2024), on observe en effet une augmentation de l’incidence des cancers du rein et des testicules chez les personnes exposées au PFOA (Benbrahim-Talla et al., 2014). L’impact des PFAS sur le système immunitaire est également bien démontré avec plusieurs études indiquant une diminution de la réponse immunitaire après exposition à certains composés perfluorés. Les données scientifiques suggèrent fortement que les PFAS ont un effet délétère sur les taux de cholestérol et le fonctionnement normal du foie et de la thyroïde. Enfin, au niveau de la grossesse, une réduction modeste du poids à la naissance est associée à l’exposition aux PFOS et PFOA (ATSDR, 2021 ; Fenton et al., 2021).

Différentes actions sont possibles pour limiter son exposition. Retrouvez toutes nos recommandations, validées par le Conseil Scientifique Indépendant

Biomonitoring PFAS (BMH-PFAS)

Pour assurer le suivi sanitaire des personnes ayant été exposées, à un moment donné, à une eau de distribution dépassant la norme de 100 ng/l, l'Institut Scientifique de Service Public (ISSeP) est chargé d'organiser une campagne de prélèvements et d'analyses sanguines. 

Concrètement, il s'agit de comparer le taux d'imprégnation dans le sang à ces polluants par rapport aux valeurs de référence établies dans le cadre du biomonitoring global wallon réalisé en 2021, afin de déterminer si les taux en PFAS sont ou non supérieurs à la moyenne wallonne. Ces résultats seront également comparés aux valeurs-seuils santé, proposées par le CSI. Ils viendront en outre compléter les données existantes et affiner l'interprétation des résultats. L'analyse des questionnaires soumis aux personnes volontaires – portant sur leur alimentation, leur environnement, leurs activités et leur exposition professionnelle – permettra de disposer d'informations sur les facteurs d'exposition afin d'établir d'éventuels liens de cause à effet. 

La campagne de prélèvements sanguins a été proposée, sur base volontaire, aux habitants des zones ayant été alimentés à un moment donné par une eau dont les concentrations en PFAS étaient proches de ou supérieures à 100 ng/l. 

Les campagnes de prise de sang dans les zones de Chièvres, Ronquières, Nandrin, Florennes et du Feeder sont terminées. Les résultats individuels ont été communiqués aux participants de ces 5 zones.

Les rapports définitifs pour les 5 zones étudiées ainsi que les résumés sont disponibles ci-dessous :

Les présentations qui ont été diffusées lors de la réunion citoyenne du 06 novembre 2025 se trouvent ci-dessous :