Nitrates
L’origine des nitrates dans l’eau distribuée
Les nitrates sont naturellement présents dans les eaux souterraines à des concentrations généralement inférieures à 10 milligrammes par litre, suite à la décomposition de la matière végétale et animale. Des teneurs plus élevées de nitrates dans l’eau résultent essentiellement des activités humaines. L’épandage d’engrais azotés synthétiques ou organiques (fumiers, lisiers ou boues d’épuration) favorise l’apparition de nitrates dans l’eau. De même, des pollutions diffuses (installations septiques déficientes, puits perdants, fuites dans le réseau d’égouttage) peuvent aussi être une source de nitrates dans l’eau.
La matière azotée des engrais est convertie en nitrates (NO3-) par la flore microbienne du sol ; ceux-ci servent de nourriture aux plantes. Lorsque les engrais sont épandus avec excès, les nitrates non assimilés par la végétation, très solubles dans l’eau, sont entraînés par la pluie et contaminent alors les eaux de surface (cours d’eau, lacs,…) et les nappes d’eau souterraine par infiltration. Le risque de contamination est plus important si le sol recouvrant la nappe d’eau est vulnérable (par exemple sablonneux) et si la nappe est peu profonde.
Les nitrates sont-ils dangereux pour la santé ?
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande une valeur maximale de 50 mg/l de nitrates dans l'eau de distribution pour les adultes en bonne santé. En effet, les adultes ne présentant pas de trouble spécifique sont capables de gérer de faibles quantités de nitrates sans risque significatif pour leur santé. Les nitrates sont transformés en nitrites dans l'organisme et sont éliminés naturellement sans causer de dommage.
Une partie des nitrates absorbés est transformée en nitrites. En effet, les nitrates (NO3-) peuvent être réduits en nitrites (NO2-), par voie enzymatique, dans de nombreux micro-organismes que nous hébergeons. La condition nécessaire à cette activité enzymatique est de se trouver dans une zone de pH proche de 6,5. Chez l'homme adulte normal, l'acidité stomacale (pH = 1,3) garantit donc la stabilité des nitrates qui seront donc absorbés tels quels par l'intestin grêle. Par contre, dans certaines situations, pathologiques chez l'adulte (hypochlorhydrie gastrique), la réduction des nitrates en nitrites est facilitée. Cette situation est naturelle chez le très jeune enfant.
De plus, l'ingestion de nitrates peut avoir des effets néfastes sur la santé de la femme enceinte et du foetus en développement. Les nitrates risquent d'affecter la capacité du sang à transporter l'oxygène, ce qui est préoccupant pendant la grossesse.
Les nourrissons sont également plus sensibles aux nitrates présents dans l'eau que les adultes. Lorsque les nourrissons ingèrent de l'eau contenant des taux élevés de nitrates, cela peut entraîner une méthémoglobinémie, également connue sous le nom de "syndrome du bébé bleu".
La vulnérabilité de la femme enceinte à la présence de nitrates dans l’eau de consommation s’explique, quant à elle, par le fait que le niveau de méthémoglobinémie de cette dernière peut atteindre 10 % à la 30e semaine de grossesse.
A noter que l’exposition de la population aux nitrates et aux nitrites se fait principalement par les aliments et occasionnellement par l’eau de distribution : les aliments représentent en moyenne 87 % des apports en nitrates de l’organisme, alors que l’eau ne représente que 13 % des apports. Chez l’adulte, la principale source de nitrates et de nitrites provient de la charcuterie et des légumes tels que la betterave, le radis et l’épinard.
Y a-t-il des nitrates dans l'eau de distribution ?
Les analyses opérées au robinet du consommateur donnent d’excellents taux de conformité : pour l’année 2024, le taux de conformité global des échantillons analysés atteignait 99,7 %. La situation est stable depuis plusieurs années et extrêmement bien maîtrisée de la part des distributeurs.
La qualité des eaux brutes utilisées pour la production d’eau potable reste cependant médiocre. En effet, aujourd’hui, un tiers des masses d’eau souterraines de Wallonie sont en mauvais état en ce qui concerne les nitrates. Cette situation entraîne des répercussions sur la production d’eau potable, et nécessite localement un mélange avec une eau peu concentrée en nitrates ou des traitements spécifiques tels que l’échange ionique sur résines, ce à quoi les producteurs d’eau sont quasi parfaitement parvenus.
Les non-conformités observées au cours de l’année 2024 sont rares, minimes, pour la plupart passagères et proviennent de dysfonctionnements des traitements.
En 2024, seuls 3 distributeurs sur 48 ne respectaient pas l’objectif de 99% pour l’indice de qualité relatif aux paramètres azotés (nitrates, nitrites, ammonium). La pluviométrie importante durant l’année 2024 a eu une influence sur le taux de conformité. En effet, l’apport de l’eau à travers la pluviométrie joue donc un rôle primordial dans le processus de transfert de nitrate car ce transfert est effectué grâce à l’écoulement de l’eau. De fortes intensités de pluie peuvent conduire à un lessivage important en favorisant l’écoulement dans le sol. Cela a pour effet de soulever le niveau des nappes et les eaux souterraines sont davantage chargées en nitrate.
Seule une zone en région liégeoise a dû faire face à un dépassement prolongé de la teneur en nitrates en 2024. Conformément à la législation, le distributeur ne pouvant rétablir le respect de la norme endéans les 30 jours, a demandé une dérogation et mis en place un programme d’action validé par le Ministre ayant l’environnement dans ses attributions. Le 15 septembre 2025, la situation est revenue à la normale.
La carte suivante reprend les concentrations médianes en nitrates dans l’eau distribuée en Wallonie en 2024.
Sur celui-ci, on observe que 32 % des abonnés bénéficient d’une eau quasi exempte de nitrates (moins de 10 mg/l) et 63% reçoivent une eau dont la teneur moyenne est inférieure à la moitié de la valeur paramétrique soit 25 mg/l, ce qui constitue un des critères pour autoriser l’allégation « convient pour la préparation des aliments des nourrissons » sur les bouteilles d’eau minérale naturelle. 38% des abonnés reçoivent quant à eux une eau riche en nitrates (entre 25 et 50 mg/l).
De manière générale, les teneurs sont plus élevées dans les régions où les activités agricoles sont plus intenses et où les possibilités de mélange d’eaux sont moindres.
