L’Europe a suffoqué au cours de cet été 2026. Les vagues de chaleur successives et le manque de précipitations ont touché et touchent encore de nombreux secteurs dont le monde forestier. Parmi les conséquences de cette situation, les incendies spectaculaires qui ont frappé les massifs forestiers français fin juillet ou encore chez nous dernièrement, les 3300 hectares brûlés dans les Hautes Fagnes.
Point de vue météo
La Belgique a connu sa première vague de chaleur durant la deuxième quinzaine du mois de juin. Les faibles quantités de pluies tombées régulièrement lors de la première quinzaine n’ont que très peu atteint les sols forestiers et la deuxième partie du mois a été très peu arrosée.
Le mois de juillet n’a rien arrangé : les températures sont restées élevées et surtout, la pluie a été aux abonnés absents. Au sein du réseau PAMESEB du CRA-W, le mois de juillet 2026 constitue – avec celui de 2022 – le mois le plus sec enregistré sur les 26 dernières années.
La deuxième vague de chaleur s’est clôturée début août, à laquelle a très vite succédé la troisième vague de chaleur. Les précipitations du19 août, localement à caractère orageux, ont favorisé un ruissellement plutôt qu’une infiltration dans le sol.
Point de vue des sols
Les sols forestiers ont ceci de particulier que seule une partie de l’eau arrive au sol ; l’autre étant, entre autres, bloquée par les houppiers des arbres, tout particulièrement lorsqu’ils sont en feuilles. Ceci ajoute une contrainte supplémentaire à ces sols déjà soumis à une sécheresse atmosphérique importante, à un rayonnement solaire fort et à des températures élevées favorisant l’évapotranspiration.
L’état de sécheresse des sols ainsi que sa conséquence directe sur les arbres en pleine période de croissance fait l’objet d’un suivi dans le cadre d’un projet avec l’UCL (Earth and Life Institute – Environmental Sciences) : des mesures en temps réel de teneur en eau des sols à différentes profondeurs, de l’accroissement des arbres et de la teneur en eau du bois et des flux de sève sont réalisées sur quatre placettes de douglas localisées en Ardenne.
La teneur en eau de ces sols a atteint des valeurs extrêmement faibles dans les 30 premiers centimètres du sol, dans les quatre placettes suivies et ce, depuis plusieurs semaines. Les sols de trois de ces placettes ont d’ailleurs atteint leur point de flétrissement. Le risque d’embolie gazeuse est donc accru puisque les racines ne sont plus capables de prélever de l’eau afin d’alimenter leurs organes aériens.

Au-delà de ces conséquences physiologiques peu perceptibles sur le court terme, certains effets directs ont été bien visibles dès la fin du mois de juillet. Les feuilles de différentes essences ont commencé à jaunir puis rougir avec une chute précoce.
Cela fait plusieurs années maintenant que les vagues de chaleur associées à des phénomènes de sécheresse se répètent. Au-delà de l’augmentation de leur fréquence, leur magnitude ne cesse de croître également : ils sont de plus en plus longs et atteignent des intensités de déficits en précipitations importants, tout cela combiné à des températures extrêmes. Les peuplements forestiers souffrent et deviennent ainsi plus sensibles à l’attaque de pathogènes de faiblesse et d’insectes ravageurs.

Les feux de forêts sont une autre conséquence majeure de ce long épisode sec et chaud de cet été 2026. S’ils ont généralement besoin d’un facteur humain pour se déclencher, l’état particulièrement sec de la végétation ainsi que les températures élevées leur sont tout particulièrement favorables. L’OWSF prépare la mise en place d’un réseau de surveillance sur ces zones, afin d’étudier l’impact sanitaire post-incendies.
Un indice météo-édaphique pour appréhender les sécheresses en forêt wallonne
La sévérité des sécheresses forestières est habituellement évaluée par le SPEI-3 (Standardized Precipitation-Evapotranspiration Index sur 3 mois). Cet indice, construit à partir d'un bilan hydrique (précipitations – évapotranspiration) cumulé sur 3 mois, permet de situer la sécheresse vécue par rapport à la normale climatique.
Dans le cadre de la collaboration entre l'OWSF et le Laboratoire de Climatologie et de Topoclimatologie de l'Université de Liège, le développement d'un indice météorologique intégrant une dimension édaphique, applicable au territoire wallon, a été entrepris. Le Simplified Relative Extractable Water (SREW), permet d'inclure la capacité du sol à retenir l'eau.
Le SREW met en évidence la vulnérabilité des différentes zones bioclimatiques wallonnes. Dès la fin avril 2026, la Fagne, Famenne et Calestienne franchissait le seuil de stress physiologique. Le phénomène s'est ensuite étendu à toutes les zones bioclimatiques : la Haute Lorraine et la Basse Lorraine ont basculé sous le seuil d'alerte le 15 juin, suivies progressivement par les autres zones, jusqu'à la zone Hesbigno-Brabançon le 30 juin. À la fin du mois d'août, ces régions étaient toujours en état de stress hydrique.
Quelles mesures de gestion mettre en œuvre face à la sécheresse ?
Les épisodes de sécheresse qui affectent actuellement les forêts wallonnes confrontent les gestionnaires à des situations parfois inhabituelles. Face à l'apparition d'arbres dépérissants, à l'augmentation des mortalités ou au développement de symptômes de faiblesse, la tentation est grande d'intervenir rapidement afin d'exploiter les arbres concernés et d'en préserver la valeur économique. L'objectif de la gestion forestière n'est plus seulement d'accompagner la production de bois, mais également de préserver durablement le fonctionnement écologique des forêts afin de leur permettre de résister, de se rétablir et de s'adapter aux conditions climatiques de demain.
Principes à retenir
- Maintenir autant que possible un couvert forestier continu
- Limiter les prélèvements aux interventions réellement nécessaires
- Conserver ou favoriser un sous-étage protecteur
- Préserver la structure et le fonctionnement hydrique des sols
- Utiliser systématiquement les cloisonnements d'exploitation
- Adapter les choix d'essences aux caractéristiques stationnelles
- Intégrer la résilience climatique dans toute décision sylvicole
- Éviter les interventions susceptibles d'accentuer le dessèchement des peuplements