État des lieux des PFAS dans les matières fertilisantes en Wallonie : les résultats de la Phase I

État des lieux des PFAS dans les matières fertilisantes en Wallonie : les résultats de la Phase I
L’Institut scientifique de service public (ISSeP) a publié les conclusions de la première phase de sa mission de monitoring des substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) dans les matières fertilisantes (hors boues urbaines) valorisées en agriculture wallonne. Commanditée par la Direction de la Protection des Sols (SPW-ARNE), cette étude dresse un premier bilan rassurant mais invite à la vigilance à long terme.

Quel était l’objectif de cette étude ?

L’utilisation de diverses matières fertilisantes (boues industrielles, composts, digestats) sur les sols agricoles soulève des questions quant à l'introduction potentielle de PFAS dans la chaîne alimentaire. Afin de lever les incertitudes, l’ISSeP a mené une vaste campagne de prélèvements entre juin 2025 et janvier 2026 afin de mesurer les teneurs réelles de ces polluants persistants et d’identifier d’éventuels indicateurs de contamination.

Au total, 119 matières provenant de 97 sites de production localisés en Wallonie ont été rigoureusement analysées.

Les principaux résultats : un niveau de contamination globalement faible

L'analyse ciblée sur 44 composés PFAS révèle une situation globalement maîtrisée:

Un taux de détection modéré

Des PFAS ont été détectés dans 29% des échantillons analysés toutes matières confondues. Cela concerne 40% des composts, 29% des digestats, 29% des boues industrielles, et 0% des autres types de déchets testés.

Des concentrations bien en dessous des seuils 

À l'heure actuelle, il n'existe pas de norme de qualité réglementaire spécifique pour ces matières. Cependant, en utilisant à titre indicatif les valeurs cibles appliquées aux boues d’épuration urbaines (400 μg/kg.MS pour la somme de 22 PFAS), aucun échantillon ne dépasse les limites. La très grande majorité des échantillons (~92%) affiche même des concentrations totales inférieures à 5 μg/kg.MS.

Disparités selon les matières

Les boues industrielles présentent la plus grande diversité de composés (14 PFAS différents détectés). La concentration maximale mesurée y est de 41 μg/kg.MS dans le secteur non agro-alimentaire. Un seul échantillon de boue a dépassé la valeur de référence en vigueur en Flandre (15 μg/kg.MS).

Les composts et les digestats affichent des concentrations maximales encore plus basses, culminant respectivement à 7 μg/kg.MS et 13 μg/kg.MS.

Les recommandations de l'ISSeP : une vigilance à long terme

Bien que les teneurs mesurées soient faibles, l'ISSeP soulève plusieurs points d'attention:

Pas d'origine unique identifiable 

En raison de la faiblesse des concentrations et de la diversité des matières, il est impossible à ce stade de définir une "signature" ou une source précise pour ces PFAS.

Risque d'accumulation dans les sols

Le bruit de fond (la quantité déjà présente) des PFAS dans les sols agricoles wallons faisant actuellement l’objet d’une étude doit encore être précisé. Même si les matières fertilisantes sont faiblement contaminées, leur apport répété et récurrent à long terme pourrait provoquer localement pour certaines parcelles agricoles, par mécanisme d'accumulation, un dépassement des valeurs limites dans les sols récepteurs.

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