LA GESTION DURABLE EN FORET WALLONNE

B. LA SANTE DES FORETS WALLONNES

2. Inventaire phytosanitaire


Un inventaire phytosanitaire est réalisé en Région wallonne depuis 1989, selon les modalités définies par le règlement (CE) 3528/86 et le manuel du programme international concerté 'Forêts' de la Commission économique pour l'Europe des Nations-Unies.

Il s'appuie sur l'observation de placettes situées dans un réseau à maille de 16 km sur 16 qui couvre l'ensemble des pays européens; en Région wallonne, ce réseau a été porté à 8 km sur 8, afin d'obtenir des données interprétables au niveau régional.

L'inventaire phytosanitaire réalisé en 1995 en Région wallonne s'est basé sur l'observation de 67 placettes, comportant 1.553 arbres identifiés et numérotés individuellement; ceux-ci ont été classés individuellement dans des échelles de défoliation, de décoloration et de dommages combinés.

Évolution de la défoliation

L'évolution des symptômes de défoliation depuis 1989, respectivement pour les feuillus et les résineux, montre qu'après une dégradation continue jusqu'en 1992 et un remarquable renversement de tendance observé en 1993, tant en feuillus qu'en résineux, le pourcentage d'arbres sains a quelque peu diminué, tout en restant supérieur à ce qui avait été constaté de 1989 à 1992.

Tableau 10 : pourcentages d'arbres par classes de défoliation.
FEUILLUS 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995
INF 10% 66,3 62,9 62,3 54,8 75,9 70,9 66,7
10 A 25% 24,6 25,8 24,6 36,5 16,9 21,7 21,1
26 A 60% 7,5 9 10,7 8 6,2 6,7 11,4
60% ET PLUS 1,4 2,1 2,2 0,7 0,8 0,7 0,6
MORTS 0,2 0,2 0,2 0 0,2 0 0,2
RÉSINEUX 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995
INF 10% 47,5 43 34,8 36,1 60,6 57,1 60,1
10 A 25% 28,5 27 28,8 38,2 17,9 22,5 21,5
26 A 60% 20,1 21,3 31,9 22,3 17,7 16,8 16,3
60% ET PLUS 3,9 8,4 4,5 3,2 3,6 2,9 2,1
MORTS 0 0,3 0 0,2 0,2 0,8 0

Les défoliations sont cotées actuellement de 5 en 5%, il est dès lors possible de calculer un pourcentage moyen de défoliation de 1993 à 1995 pour les principales essences:

Ces pourcentages, qui ne portent pas systématiquement sur des arbres identiques, montrent qu'après la remarquable amélioration observée en 1993, tant en feuillus qu'en résineux, l'évolution de ces deux groupes est depuis lors divergente.

En feuillus, le pourcentage d'arbres sains a progressivement diminué, tout en restant supérieur au minimum de 1992. Les glissements ont été observés entre les classes 0 et 1 en 1994, tandis qu'en 1995 ils s'accentuent des classes 0 et 1 vers les classes 1 et 2. Chez les résineux par contre, la situation en 1995 est plus favorable qu'en 1993, et le pourcentage d'arbres présentant moins de 25% de défoliation est le plus élevé depuis le début des observations.

Les chiffres par essences confirment le bon état sanitaire, parmi les feuillus, des frêne, érable et merisier, tandis qu'une légère recrudescence des symptômes est visible chez les essences principales, surtout pour les espèces exigeantes en eau (hêtre et chêne pédonculé).

On constate l'amélioration en résineux, spectaculaire pour le pin sylvestre.

Tableau 11: défoliation moyenne par essence.
ESSENCES SITUATION EN 1993 SITUATION EN 1994 SITUATION EN 1995
% DEFOL. NOMBRE % DEFOL. NOMBRE % DEFOL. NOMBRE
HÊTRE 10,8 284 10,7 280 12,2 284
CHÊNE SESSILE 7,3 171 9,2 172 9,1 242
CHÊNE PÉDONCULE 8,7 191 9,1 196 12,7 207
BOULEAUX 3,2 59 6,0 58 5,1 58
CHARME 8,1 18 9,8 20 12,5 18
ÉRABLE SYCOMORE 0,9 16 0,0 16 0,9 16
FRÊNE 0,3 18 0,2 28 0,0 22
MERISIER 0,5 24 0,5 29 5,8 26
ÉPICÉA COMMUN 14,1 522 14,5 548 13,7 551
PIN SYLVESTRE 24,2 76 21,0 76 14,9 75
DOUGLAS 5,0 46 3,4 34 2,9 34

Globalement, on peut conclure qu'en ce qui concerne la défoliation, l'amélioration importante constatée en 1993 s'est pratiquement maintenue chez les résineux, tandis que les feuillus voient cette amélioration s'estomper progressivement.
La situation en Région wallonne est similaire à celle des régions voisines, et nettement plus favorable qu'en Europe centrale.

L'examen des défoliations en relation avec des causes de dommages identifiées permet de déduire que seuls les insectes (Ips, Orchestes fagi) et les actions humaines (dégâts de débardage, éclaircie trop tardive) semblent induire une défoliation anormale; cependant, ces cas ne représentent que 15% des arbres présentant des symptômes de défoliation, ce qui rappelle le caractère complexe du phénomène de dépérissement.

Évolution des décolorations

La comparaison des décolorations de 1989 à 1995 donne les résultats suivants:

Tableau 12: pourcentages d'arbres par classes de décoloration.
FEUILLUS 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995
NON DÉCOLORE 68,9 80 78,7 70,7 74 78,8 76,4
11 A 25% 25,9 16,1 17,3 23,2 19,2 17,4 18,6
26 A 60% 4,2 3,3 3,5 5,3 5,8 2,9 4,3
60% ET PLUS 1 0,6 0,5 0,8 1 0,9 0,7
RÉSINEUX 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995
NON DÉCOLORE 70,3 61,6 58 56,1 59,7 63,3 64,5
11 A 25% 20,2 27 30 32,9 26,4 25,5 25,6
26 A 60% 6,2 8 7,2 7,7 9,1 7 7,2
60% ET PLUS 3,3 3,4 4,8 3,3 4,8 4,2 2,7

L'amélioration observée depuis 1993 se confirme en résineux, tandis qu'en feuillus la tendance s'inverse.

Cependant en feuillus, seuls les hêtres de plus de 60 ans présentent des décolorations marquées (14,4% en classes 2 et 3, pour 7,8% en 1994); les autres feuillus présentent peu de symptômes.
En résineux, les vieux épicéas (15,7% pour les classes 2 et 3) ont une évolution défavorable, tandis que le pin sylvestre voit se confirmer le rétablissement spectaculaire de 1994 (de 30,2% en 1993, 15,8% en 1994 et 10,7% en 1995, tous âges confondus).

En 1993, les conditions climatiques ont été relativement favorables pour la végétation pérenne au cours de la saison de végétation : si le printemps a été sec, la situation s'est inversée en été et la végétation ligneuse n'a donc pas souffert; nous n'avons pas connu de gelées tardives graves comme l'année précédente. Globalement, ces conditions ont donc été favorables à une réduction de la défoliation, d'autant plus que les problèmes entomologiques qui ont succédé aux chablis de 1990 se sont progressivement estompés.

En 1994, l'hiver particulièrement humide a permis une reconstitution des réserves en eau, et si les conditions climatiques ont été particulièrement chaudes et sèches en juillet et août, ces réserves ont permis aux arbres de ne pas trop ressentir cette sécheresse. La diminution des jaunissements pourrait être attribuée au meilleur état général de la végétation depuis 1993, associée à une meilleure disponibilité des éléments nutritifs.

Enfin en 1995, comme pour les défoliations, on peut supposer que la sécheresse de l'été a affecté les essences les plus exigeantes en eau.

L'interférence des conditions climatiques avec l'intensité des symptômes est donc évidente, avec des nuances selon les essences.

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