LA GESTION DURABLE EN FORET WALLONNE

A. UNE FORET VARIEE EN CONSTANTE EVOLUTION

1. Evolution des surfaces forestières


Surfaces totales

De 1866 à notre époque, la superficie forestière wallonne n'a fait que croître, passant progressivement de 315.648 hectares à 486.889 hectares; en examinant cette évolution par provinces, à défaut d'informations par régions naturelles, on constate une augmentation des surfaces, à l'exception des territoires hennuyers, où la forêt a quelque peu régressé, et du Brabant wallon où elle stagne: c'est évidemment dans les zones à plus fortes densités de population que la forêt a connu des pressions.

L'évolution s'est effectuée à des rythmes différents selon les provinces, comme le montre le tableau qui suit:

Tableau 2: Évolution des superficies forestières productives par provinces
Province 1866 1895 1929 1984
BRABANT WALLON 7.146 7.451 8.630 8.249
HAINAUT 45.172 56.020 45.306 41.550
LIEGE 49.565 60.729 93.928 103.737
LUXEMBOURG 121.685 162.625 180.684 211.852
NAMUR 92.080 104.150 108.294 121.501
TOTAL 315.648 390.974 436.841 486.889

En Hainaut, la superficie s'est accrue jusqu'à la fin du 19ème siècle, et a diminué ensuite, pour atteindre un niveau inférieur à celui de 1866. En Brabant wallon, la surface forestière a augmenté plus longtemps, puis a légèrement régressé depuis 1929. La forêt feuillue a toujours constitué l'essentiel des surfaces boisées de ces deux provinces.

Dans les autres provinces par contre, la hausse a été continue depuis 120 ans, le taux de boisement ayant même doublé en Province de Liège, où le mouvement a été précoce puisque 33.000 hectares ont été boisés entre 1895 et 1929, par enrésinement des landes notamment; les 50 ans suivants n'ont plus vu croître la surface que de 10.000 hectares, mais l'enrésinement s'y est poursuivi en grande partie au détriment de la forêt feuillue.

En Province de Luxembourg, le boisement a été plus régulier et progressif, et l'enrésinement a mordu en parts égales la forêt feuillue, surtout en taillis et taillis-sous-futaie, et les zones non forestières. Enfin, la Province de Namur n'a connu une nette croissance de la surface forestière qu'après 1930, essentiellement par boisement des terres délaissées par l'agriculture.

Régimes

L'examen des évolutions par régimes feuillus et pour les résineux est plus intéressant encore: on peut voir que, en feuillus, si la surface totale a diminué, la surface en futaie a plus que doublé, par conversion essentiellement des taillis-sous-futaie; l'accroissement des surfaces forestières s'est fait surtout par enrésinement de landes et d'incultes; les résineux ont également été utilisés largement dans la conversion des taillis, qui représentaient 105.000 hectares en 1895, soit plus du quart de la forêt.

Tableau 3: évolution des régimes au cours du dernier siècle.
  1895 1929 1984
FUTAIE FEUILLUE. 40.638 49.471 101.778
TAILLIS-SOUS-FUTAIE. 189.677 166.605 99.701
TAILLIS 104.724 84.988 37.757
TOTAL FEUILLUS 335.040 301.064 239.236
RÉSINEUX 55.935 135.777 247.653
TOTAL FORET 390.974 436.841 486.889

Les tendances récentes montrent un glissement prononcé vers la futaie feuillue, au détriment des autres régimes feuillus, mais également des résineux.

La forêt feuillue s'est donc en fait considérablement enrichie du point de vue sylvicole, tandis que les résineux ont soit remplacé les taillis souvent ruinés par la surexploitation comme combustibles et les pratiques agro-sylvo-pastorales, soit contribué à la mise en valeur économique d'incultes et de terres abandonnées, après les bouleversements du monde agricole.

Types de peuplements

Le tableau 1 détaille, pour 1984, la répartition des surfaces par types de peuplements; les anciens recensements ne donnaient malheureusement aucune répartition au sein des peuplements feuillus.

En ce qui concerne les résineux, des vagues de plantation se sont succédé au cours des décennies, et les surfaces par classes d'âge étaient les suivantes pour les peuplements purs équiennes en 1984:

Tableau 4 : surfaces par classes d'âges des résineux équiennes.
CLASSE D' ÂGE ÉPICÉA DOUGLAS PINS MÉLÈZES TOTAL
1- 9 ANS 17.130 3.630 115 350 21.225
10-19 36.376 4.057 1.133 1.077 42.643
20-29 42.008 2.127 3.437 4.709 52.281
30-39 23.898 427 2.386 1.993 28.704
40-49 20.563 11 2.084 326 22.984
50-59 18.789 29 2.114 121 21.053
60-69 10.256 195 1.893 12.344
70-79 6.515 58 1.260 7.833
80-89 2.370 931 3.301
90 ANS et + 1.580   350 40 1.970
ÂGE INCONNU 9.480 182 1.141 547 11.350
BLANC ETOC 6.366 39 581 6.986
TOTAL 195.331 10.755 17.425 9.163 232.674

Les surfaces résineuses non reprises dans ce tableau concernent des mélanges résineux et des peuplements d'autres résineux ou d'allure jardinée, parmi lesquels notamment des sapins d'espèces diverses, des tsugas et des thujas. Il faut préciser que les plantations de sapins de Noël ne sont pas prises en compte, car elles constituent en droit des cultures horticoles.

On constate que les pins ne sont plus guère plantés depuis 1960, que la plupart des douglas ont été plantés après 1950 et que les mélèzes ont connu une vague de plantation il y a trente ans, avant d'être abandonnés. Les épicéas ont également connu une certaine désaffection dans les dernières années.

Les plantations récentes révèlent cependant une réelle diversification tant en résineux, avec des plantations soutenues de douglas purs ou en mélange et une reprise des mélèzes, qu'en feuillus, ou des essences telles que l'érable, le frêne ou le merisier sont plus souvent plantés.

Nature des propriétaires

Les forêts soumises et non soumises suivent une évolution divergente, ainsi que le montrent les tableaux de répartitions des propriétés par catégories de propriétaires et par taille.

Tableau 5: nombres et surfaces des forêts soumises par classes de grandeur (1994).
CATÉGORIE
DE SURFACE
RÉGION COMMUNES AUTRES TOTAL
NPRO N BL SURF NPRO NBL SURF NPRO NBL SURF NPRO N BL SURF
< 1HA - - - 0 0 0 77 125 40 77 125 40
1 A 5 HA - - - 4 5 14 103 427 268 107 432 282
5 A 10 HA - - - 4 5 35 51 360 350 55 365 385
10 A 20 HA - - - 7 10 96 23 157 314 30 167 410
20 A 50 HA - - - 9 32 306 10 40 306 19 72 612
50 A 100 HA - - - 19 93 1.272 9 151 667 28 244 1.940
100 A 500 HA - - - 42 569 12.074 5 72 632 47 641 12.707
500 A 1000 HA - - - 23 658 17.606 0 0 0 23 658 17.606
1000-1500 HA - - - 15 446 18.692 1 6 1.285 16 452 19.976
1500-2000 HA - - - 11 446 19.558 0 0 0 11 446 19.558
2000-5000 HA - - - 28 1366 87.779 1 18 2.639 29 1384 90.418
> 5000 HA 1 754 56.714 5 310 32.381 0 0 0 6 1064 89.095
TOTAUX 1 754 56.714 167 3940 189.813 280 1356 6.502 448 6050 253.029

NPRO=nombre de propriétaires; NBL=nombre de blocs continus; SURF= surface totale en hectares.

En forêt soumise, on constate une situation globalement favorable pour la gestion, puisque la taille moyenne des propriétés est de plus de 500 ha, tandis que la taille moyenne d'un bloc continu d'un propriétaire est de plus de 40 ha .

Si on considère que 100 hectares constituent la taille minimale permettant un rendement soutenu, on constate que près de 98 % des surfaces satisfont à cette condition. Généralement, les propriétés de taille inférieure appartiennent à des communes situées en dehors des régions forestières, et sont des forêts périurbaines dont le rôle est surtout social.

Par rapport à la situation de la forêt belge en 1970, le regroupement des propriétés s'est effectué à la faveur des fusions de communes; la taille moyenne des propriétés communales est passée de 267 hectares en 1970 à 1.120 hectares en 93, celle des Centres Publics d'Aide Sociale de 52 hectares à 95 hectares.

Par contre, en forêt privée, le morcellement s'est poursuivi, ainsi que le montre le tableau suivant, qui projette à 1993 l'évolution observée entre 1959 et 1970. La dimension moyenne des propriétés de propriétaires particuliers est ainsi passée de 3,32 hectares en 1959 à 3 hectares en 1970 et 2,50 hectares en 1993.

Dans le même temps, la proportion de propriétés de plus de 20 hectares a diminué de 63 % des surfaces en 1959 à 50 % en 1993.

Un tel morcellement, s'il peut être un facteur de diversité, est peu favorable au maintien d'une gestion forestière rentable et cohérente. Ce problème est, dans une certaine mesure, atténué par l'existence de coopératives forestières. La Région prépare néanmoins des mesures favorisant les groupements forestiers.

Tableau 6: nombres et surfaces des forêts privées par classes de grandeur (1993)
CATÉGORIE SURFACES NOMBRES SURF/PROP
< 1 HA 25.345 72.900 0,35
1 A 5 HA 49.437 24.168 2,05
5 A 10 HA 24.009 3.534 6,79
10 A 20 HA 29.431 2.192 13,43
20 A 50 HA 34.846 1.134 30,73
50 A 100 HA 35.504 519 68,41
> 100 HA 63.801 309 206,48
TOTAUX 262.373 104.756 2,50

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