Les vergers haute-tige

Jusqu'à la fin des années 60, l'allure des villages de Hesbaye était fort différente de ce qu'elle est actuellement. Une ceinture de vergers haute-tige les entourait et servait de pâture au bétail. Les vergers de différents propriétaires étaient séparés par une haie vive. C'est alors que la Commission européenne de l'époque décida que ce genre de culture n'était pas suffisamment rentable et devait être remplacée par des fruitiers à basse tige pour lesquels la cueillette et les traitements phytosanitaires étaient beaucoup plus faciles. Il fallait au consommateur de beaux fruits sans la moindre tache, sans le moindre parasite, de calibre uniforme et à bas prix. Une prime à l'abattage des hautes tiges fût accordée, ce dont ne se privèrent point les agriculteurs.

En plus d'un appauvrissement du patrimoine génétique des arbres eux-mêmes, cet abattage généralisé n'a pas fait l'affaire de la gent animale et de l'avifaune plus particulièrement. En effet, les arbres âgés, outre leur ramure importante, offraient de nombreuses cavités aux oiseaux cavernicoles. Si les mésanges et les étourneaux ont facilement trouvé des cavités de substitution en se rapprochant des maisons, il n'en a pas été de même d'autres espèces. Le Moineau friquet et la Chouette chevêche en particulier ont payé un lourd tribut à la disparition de cet habitat.

De plus, les belles haies d'antan ont été supprimées car il fallait agrandir les parcelles et faire de la place aux machines lors des travaux. Toutes les espèces animales qui y trouvaient refuge ont été ainsi fortement affectées, des insectes aux mammifères et aux oiseaux.

D'habitude, la destruction d'un type d'habitat, s'il est nuisible à certaines espèces, en favorise d'autres. Cela n'a pas été le cas car les prés nus et surpâturés n'offrent aucun refuge. Seuls le Faucon crécerelle et la Buse variable peuvent y espérer trouver plus facilement provende, les micro-mammifères ayant peu de protection végétale. Récemment toutefois, même ces prés nus sont supprimés au profit de cultures, de maïs la plupart du temps.

Cà et là subsiste l'un ou l'autre de ces anciens vergers. Ils constituent les derniers refuges de la Chouette chevêche et abritent parfois encore une petite colonie de friquets. D'autres oiseaux profitent également de ces survivants d'une autre époque : Grive draine, gobemouche gris et noir, Pinson des arbres sont les espèces les plus fréquentes mais l'énumération n'est pas exclusive. Quelques particuliers ont aussi pris conscience de la perte que constitue la disparition de ce milieu et ont replanté quelques vergers. Il faudra cependant des années avant que ceux-ci ne puissent offrir un couvert acceptable, en particulier aux oiseaux cavernicoles. On peut cependant remédier un peu à ce problème en y plaçant des nichoirs, pas pour étourneaux gros consommateurs de cerises, bien entendu mais pour les autres espèces. Les oiseaux nous récompenseront en nous débarrassant des diverses chenilles et pucerons qui continuent à proliférer malgré les multiples traitements anti-parasitaires. En plantant également des variétés haute-tige résistantes, vous pourrez aussi profiter de fruits savoureux exempts de résidus chimiques et offrir un refuge à des espèces intéressantes.