Les chemins creux
Les chemins creux font partie de ces petits éléments du paysage qui rompent avec la monotonie de notre région.
Ils illustrent également très bien cette notion de maillage écologique dans lequel chaque maille naturelle de notre environnement forme un chaînon essentiel d’un ensemble plus vaste, indispensable au maintien des espèces animales et végétales. C’est l’ensemble de ces éléments qui rendent également nos paysages plus riches et plus agréables. Que seraient en effet nos campagnes sans les indispensables haies, bosquets, talus et autre arbres isolés ?
Outre leur intérêt paysager, et écologique, les chemins creux offrent également un terrain idéal pour les randonneurs, cyclistes et cavaliers qui y trouvent un espace idyllique pour la pratique de leur passion.
Mais que sont en fait les chemins creux ?
La définition paraît évidente. Un chemin creux est un sentier dont le niveau se trouve en dessous de celui des terrains adjacents. Par ce fait, ce chemin est entouré de part et d’autre par des talus plus ou moins abrupts selon la profondeur du chemin.
Les chemins creux se sont formés suite à l’action simultanée de l’érosion et de l’activité des agriculteurs qui empruntaient systématiquement les mêmes chemins pour accéder à leurs terres.
Les chemins creux sont donc tributaires de la constitution des sols et des sous-sols. Il faut d’une part une terre qui se laisse emmener par les pluies, mais d’autre part, il faut que la structure du sous-sol permette au talus de se stabiliser.
Dans la vallée du Geer par exemple, l’ensemble formé par les couches superficielles de terre argilo-limoneuse, soutenu dans les couches inférieures par le silex et le tuffeau offre les conditions idéales qui ont permis à tant de chemins creux de se former.
Le fonctions des chemins creux
Jadis, la première fonction de ces chemins était donc de permettre l’accès aux parcelles agricoles. Ensuite, ils avaient des fonctions secondaires, comme la production de bois, une protection des villages contre les eaux de ruissellement et la production d’un fourrage pour le bétail.
Aujourd’hui, l’intérêt de ces chemins, outre leur potentiel en matière de tourisme vert, réside également dans les possibilités pédagogiques remarquables qu’ils ouvrent.
Tant au niveau géologique, archéologique qu’historique, ces chemins offrent en effet de nombreuses occasions de mieux connaître la région.
Mais c’est surtout sur leur potentiel en tant que refuges naturels qu’il convient d’insister. Ces milieux, offrent à plusieurs espèces animales et végétales des opportunités naturelles qui ont quasi disparu ailleurs sur le territoire.
Une des grandes richesses du chemin creux est souvent de produire un grand nombre de niches écologiques différentes.
Ainsi, déjà selon la situation dans le talus, on verra apparaître une strate ligneuse, une strate arbustive et une strate herbeuse.
D’autre part, plus les chemins sont sinueux, plus on y trouvera des régimes hydriques et d’ensoleillement différents. Certaines pentes, orientées au sud, peuvent accueillir une flore très diversifiée. (qui l’est d’autant plus s’il y a présence de calcaire). Enfin, ces milieux, à l’abri des vents froids, bénéficient souvent d’un micro-climat favorisant ainsi une flore spécialisée (talus thermophiles).
Il est bien évidemment impossible de répertorier les espèces présentes dans les chemins creux, tant elles sont nombreuses et variées. Voici toutefois, un aperçu de la flore présente en fonction des types de végétation que l’on peut trouver.
Les espèces des sous-bois :
Certains talus sont de véritables milieux arborés donnant à une flore des sous-bois l’occasion de s’exprimer :
Anémones, fraisiers sauvages, pervenches, sceau de Salomon, ...
Les espèces rudérales :
Ce sont les premières fleurs qui apparaissent dans des milieux ouverts :
Tanaisie, bouillon blanc, ...
Les messicoles :
En bordure des champs, et à condition que le talus soit régulièrement fauché, on verra apparaître une flore adventice des cultures. Ce sont les plantes messicoles :
Le coquelicot, la nielle des blés, l’anthémis des champs, le bleuet, la grande marguerite ...
La faune
Pour la faune, le grand atout de ces chemins réside dans ce que l’on appelle “ l’effet de lisière ”. C’est en effet au croisement de milieux naturels différents que le nombre d’espèces animales est le plus important.
Au niveau des oiseaux, les chemins creux de notre région permettent à une trentaine d’espèces de nicher : Etourneau sansonnet, Merle noir, Grives musicienne et draine, Rouge-gorge, Troglodyte mignon, Accenteur mouchet, Sittelle torchepot, Grimpereau des jardins, Gobemouche gris, Mésanges charbonnière, bleue, nonnette, boréale et à longue queue, Pinson des arbres, Verdier, Linotte mélodieuse, Bruant jaune, Traquet pâtre, Pipit farlouse, Fauvettes des jardins, grisette, à tête noire et babillarde, Pouillots véloce et fitis, Locustelle tachetée, Hypolaïs ictérine, Rousserolle verderolle, Pigeon ramier, Tourterelle turque et Tourterelle des bois, Pic vert et Pic épeiche, Pie bavarde, Corneille, Geai des chênes, Coucou gris.
D’autres espèces affectionnant les grandes plaines cultivées peuvent trouver en bordure de ces chemins des abris ponctuels bien venus : Bruant proyer, Alouette des champs, Bergeronnette printanière, Perdrix grise et Faisan de Colchide...
On pourra également y observer nos rapaces qui y trouvent un terrain idéal pour s’adonner à leur sport favori : la chasse. Ainsi, il n’est pas rare d’observer le jour, buses, éperviers et autres petits faucons (crécerelle et, plus rare, hobereau) et, la nuit, les Chouettes chevêche, hulotte et effraie ainsi que le Hibou moyen-duc. Nous avons même pu y observer le très rare Hibou des marais s’y régaler de nos nombreux campagnols.
En ce qui concerne les mammifères, ces talus diversifiés offriront de nombreuses opportunités aux mustélidés (belette, fouine, martre, putois, hermine et blaireau), aux petits rongeurs(campagnols, mulots), aux musaraignes. Le hérisson, l’écureuil roux, le lérot, le lièvre, le lapin de garenne et le renard roux y trouveront également le terrain idéal pour leur reproduction.
Durant la saison chaude, on pourra y observer plusieurs espèces de chauves-souris.
Protégeons nos chemins creux
Et ne commettons plus l’erreur commise lors des premiers remembrements agricoles qui les ont systématiquement comblés.