
Compte-rendu de la Journée de rencontre et d'étude sur le thème "Libellules de Belgique", du dimanche 14 mars 1999, à Louvain-la-Neuve.
par Ph. GOFFART
Disons le d'emblée, cette manifestation ne fut pas
un succès de foule: à peine une trentaine de membres du
Groupe de Travail se rendirent à la traditionnelle
journée d'étude et de contact organisée cette
année dans la cité néolouvaniste, dont six
francophones. Les causes de cette relative désaffection sont
sans doute multiples, mais je ne me perdrai pas en conjectures
stériles. D'autant que le petit nombre de participants
favorisa par contre des échanges particulièrement
fructueux dans une ambiance très détendue. Le programme
fut riche, diversifié et finalement assez
équilibré entre orateurs francophones et
neerlandophones, contrairement à l'image que l'on pouvait s'en
faire d'après l'annonce préliminaire parue dans le
précédent numéro du bulletin.
Après les mots d'accueil et d'introduction de votre serviteur et de Geert De Knijf, les exposés démarrèrent avec une communication de Marjan De Block et Robby Stoks de l'Université d'Anvers (intitulée Doen waterjuffers het zoals hagedissen?/ Je lamellen of je leven!) qui nous présentèrent les résultats d'expériences originales sur le pouvoir d'autotomie des larves de Zygoptères (pouvant perdre volontairement leurs lamelles caudales, comme les lézards leur queue) et son incidence sur le comportement subséquent des larves (déplacement, capture des proies, évitement des prédateurs). Dans la communication suivante (Les Libellules des marais d'Harchies-Hensies-Pommeroeul: présentation des essais de cartographie), Thierry Paternoster, travaillant au Centre de Recherches Biologiques d'Harchies, nous proposa une synthèse sur la faune du marais le plus important de Wallonie. Celui-ci abrite encore actuellement quelques espèces parmi les plus rares de notre région (notamment, Sympecma fusca, Coenagrion pulchellum, Brachytron pratense, Anaciaeschna isosceles). Famke Valck et Robby Stoks, un tandem issus de l'équipe de l'Université d'Anvers, nous ont ensuite entretenu de la sélection sexuelle chez le Sympétrum striolé (Sexuele selectie bij Sympetrum striolatum), sujet qu'ils ont abordé à la fois par l'observation et l'expérimentation. Ils ont montré ainsi que le succès de reproduction des mâles les plus petits était supérieur à celui des mâles de taille plus importante. Puis, dans un exposé intitulé Situation actuelle et avenir des libellules de tourbières en Wallonie, Philippe Goffart a présenté une synthèse des informations disponibles sur la faune des tourbières ardennaises et lorraines en indiquant les menaces pesant sur celle-ci et les mesures préconisées pour contrecarrer son déclin.
Après le repas de midi, l'exposé de Luk Meuris (Een jaar monitoring in de Kalmthoutse heide) fut un digestif idéal grâce à la projection de diapositives illustrant la plupart des espèces composant la faune odonatologique de la lande de Kalmthout: les photos de qualité exceptionnelle furent en effet un régal pour les yeux. Roland de Schaetzen enchaîna ensuite avec une communication sur les libellules d'une petite région aux confins du Brabant et du Hainaut (Odonates de la vallée de la Samme et de la Senette: bilan des inventaires et des mesures de conservation). Cet exposé révéla la richesse odonatologique présente dans une région considérée généralement (et à tort) comme pauvre et montra ce qu'un amateur éclairé peut obtenir comme résultats après plusieurs années de prospection. Ensuite, Kris Lauwers, de l'Université d'Anvers toujours, pris la parole pour nous présenter une étude très approfondie (Spermacompetitie bij Lestes sponsa: zullen de laatsten de eersten zijn?), en association avec Robby Stoks, sur le thème très en vogue de la compétition spermatique, lié à celui de la sélection sexuelle. Dans celle-ci, les jeunes chercheurs ont décrit la morphologie des organes sexuels chez le Leste fiancé et tenté d'élucider le mécanisme de fécondation des oeufs, ceci dans le but de vérifier l'hypothèse d'un avantage éventuel du dernier mâle accouplé à une femelle par rapport aux partenaires précédents. Dans l'exposé suivant (La Cordulie à corps fin Oxygastra curtisi, une libellule en limite septentrionale de répartition en Wallonie), Philippe Goffart a cherché à préciser la distribution, les exigences écologiques de cette espèce, endémique du sud-ouest de l'Europe et rarement observée chez nous, et suggéré des mesures en vue de sauvegarder les populations reproductrices de cette libellule sur le territoire wallon. Enfin, pour clôturer cette journée Geert De Knijf et Philippe Goffart ont présenté une sélection de leurs meilleures diapositives, intitulée De sterren van de Odonata en hun fotogenieke aantrekkingskracht/Les stars parmi les libellules et leur attrait photogénique. Cette présentation était l'occasion de rassembler et de faire le bilan des photos à notre disposition pour illustrer l'atlas des libellules de Belgique à paraître prochainement. Ils ont ainsi passé rapidement en revue la plupart des espèces et les principaux habitats favorables aux libellules de notre pays.
Les résumés de ces communications ne seront pas rassemblés dans un numéro spécial du bulletin, mais nous encourageons toutefois les divers orateurs à nous transmettre des textes, qu'ils soient détaillés ou condensés, présentant la matière de leurs exposés pour publication dans de futurs numéros du bulletin Gomphus.