
Compte-rendu de l'excursion du 04 juillet 1993 en Gaume
C'est une quinzaine de personnes pleines d'enthousiasme qui se retrouvent devant l'église d'Étalle ce matin de juillet. Après une courte présentation des sites que nous allons visiter, nous nous dirigeons vers la réserve des Abattis à Sainte-Marie-sur-Semois. Ce bras mort de la Semois est d'un grand intérêt pour les libellules, mais malheureusement une population de poissons trop importante est en train de dégrader le milieu. Le bras mort des Abattis est la dernière localité où fut observée l'Aeschne printanière (Brachytron pratense) en Wallonie (en 1990?). Nous ne verrons pas cette Aeschne lors de notre visite mais nous pourrons néanmoins y observer 9 espèces d'Odonates dont Erythromma najas et quelques néonates de Sympetrum sanguineum. Nous avons en outre l'occasion d'y comparer le vol et le comportement de Cordulia aenea et de Somatochlora metallica. Une femelle de la seconde espèce est observée longuement alors qu'elle est occupée à pondre le long de la berge bien disimulée par la végétation surplombante.
Après avoir vainement cherché Aeshna grandis, présent trois jours auparavant (4 exemplaires) mais invisible aujourd'hui au dessus du plan d'eau en raison sans doute de l'heure un peu trop matinale, nous nous rendons au marais du Landbruch, un site d'intérêt biologique majeur. Ce marais n'abrite à l'heure actuelle que quelques espèces d'Odonates, mais elles sont pour la plupart de grande valeur. L'une d'elles, Somatochlora flavomaculata, s'y reproduit en grand nombre. Nous en observons sept mâles au cours de notre visite, mais certains jours de juillet, il est possible d'en noter jusqu'à une centaine d'individus survolant les cariçaies et les landes. En nous attardant sur le petit pont qui enjambe le ruisseau traversant le marais, nous observons deux exemplaires de Cordulegaster boltoni, une vingtaine de Pyrrhosoma nymphula et de Calopteryx virgo ainsi que le papillon Apatura iris. L'un de nous a alors la chance et la surprise de capturer une femelle de Somatochlora arctica, espèce déjà connue au Landbruch où elle n'a cependant que rarement été observée. Cette cordulie très localisée en Belgique est assez discrète et les populations apparemment peu fournies rendent sa détection assez aléatoire.
Satisfaits et rendus encore plus enthousiastes par ces succès, les participants en demandent encore plus! C'est pourquoi nous décidons de nous rendre sur la Rulles à Habay-la-Neuve. Là, en plein centre du village, s'écoule une rivière encore peu polluée, issue de la vaste forêt d'Anlier, qui abrite une odonatofaune encore fort diversifiée. Nous y rencontrons les deux espèces de Calopteryx, une grosse population de Platycnemis pennipes, quelques exemplaires de Somatochlora metallica et de Pyrrhosoma nymphula et surtout sept ou huit mâles du Gomphus à pinces (Onychogomphus forcipatus) prenant le soleil sur les galets au milieu de la rivière. Nous espérions également trouver Gomphus vulgatissimus, qui y était bien représenté quelques semaines auparavant et dont un individu volait encore trois jours plus tôt. À la place, nous capturons un mâle de Gomphus pulchellus patrouillant le long de la berge au niveau d'une section calme avant un barrage. Sur une petite mare et un étang proches, de grosses populations de Coenagrion puella, Enallagma cyathigerum et quelques Ischnura elegans sont notées, de même que des mâles isolés de Libellula depressa, d'Orthetrum caancellatum et d'Anax imperator.
Après nous être sustentés, nous retournons vers les marais de Vance en nous arrêtant préalablement auprès d'une mardelle (mare établie dans une dépression naturelle sur un substrat marneux) où prospère une belle population de Lestes dryas (environ soixante exemplaires). Les marais de Vance qui sont gérés par les Réserves Naturelles asbl ont vu se développer une faune d'Odonates très remarquable. Le site a été récemment colonisé par Ischnura pumilio (une vingtaine d'exemplaires observés) qui est à présent presque aussi abondant qu'I. elegans et par Orthetrum brunneum qui surpasse en nombre (six mâles) le nettement plus fréquent O. cancellatum. Au cours de cette visite, nous observons également la ponte de Libellula depressa et de L. quadrimaculata (la seconde espèce étant mieux représentée que la première), ainsi qu'un mâle et une femelle d'Anax imperator et quelques Coenagrion puella.
Nous gagnons ensuite la sablière située de l'autre côté de la route, espérant retrouver l'exemplaire mâle de Crocothemis erythraea observé trois jours auparavant. Celui-ci n'est pas revu, mais nous notons quelques Orthetrum brunneum, une trentaine d'O. cancellatum, une dizaine d'Anax imperator, de nombreux Enallagma cyathigerum et Coenagrion puella, un mâle d'Aeshna cyanea (le seul de la journée) et une espèce assez inattendue à cet endroit, un Onychogomphus forcipatus mâle.
Pour clôturer cette journée, nous nous proposons de rechercher Cordulegaster bidentatus, une espèce caractéristique des sources incrustantes de Gaume , sur deux sites de la région de Buzenol où l'espèce avait été observée trois jours auparavant. Mais le soleil a disparu et c'est en vain que nous prospectons ces fameuses sources, connues en Gaume sous le nom de "crons" et formées par précipitation du carbonate de calcium contenu dans l'eau grâce à l'activité métabolique d'algues bleues. Cette dernière halte nous permet cependant d'ajouter une nouvelle espèce à la liste du jour: Sympetrum vulgatum, dont nous observons une femelle néonate.
Le bilan de cette première excursion gaumaise s'avère de toute manière très remarquable puisque nous avons pu observer un total de 25 espèces sur une journée (auxquelles auraient pu s'ajouter 4 espèces supplémentaires notées trois jours plus tôt lors de la prépaaration). Ceci nous incite à réitérer l'excursion en 1994 afin de battre ce "record" (voir le programme dans ce numéro de Gomphus).
René-Marie Lafontaine et Philippe Goffart