LE PHENOMENE NIMBY

Une définition

« NIMBY », Not In My Backyard , Pas Dans Mon Jardin.

Le terme qualifie des discours et des pratiques d’opposition de plus en plus fréquentes: l’opposition de populations riveraines à l’implantation ou à l’extension d’une nouvelle installation: entreprise, décharge, parc à conteneurs, axe de communication, centre d’accueil pour demandeurs d’asiles ou lieu d’aide aux toxicomanes…

Le phénomène NIMBY est souvent connoté négativement.
Il serait le signe d’un égoïsme individuel et des collectivités locales, la marque d’un refus d’assurer les coûts de services communs ou d’entreprises dont la dynamique profite, finalement, à l’ensemble de la communauté.
Pourtant certains y voient aussi la vitalité d’une conscience citoyenne et du souci d’un environnement respecté, la manifestation d’une exigence de qualité de vie.
Selon la nature des projets, des oppositions et des acteurs, il s’agit probablement tantôt de conflit d’intérêt, tantôt de combat d’opinions.

En tous cas, l’engagement est lié à l’usage d’un territoire et le facteur de proximité est décisif.

 
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Les acteurs

Le conflit met toujours en scène trois acteurs:

un promoteur de projet: un entrepreneur privé, une intercommunale, une association, …;
  Les riverains;
  l’autorité publique: la commune, des élus locaux, l’administration,… .

Comme les trois mousquetaires étaient quatre, un autre acteur intervient:

les médias.
 
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Quelques chiffres

Nés aux Etats-Unis à la fin des années ’60, les conflits NIMBY se nourrissaient d’éléments cruciaux de la culture américaine, tels le poids des droits individuels et des collectivités locales face à l’Etat. Ces affrontements se sont néanmoins développés dans tous les pays industrialisés.

En Belgique, les NIMBY sont sans cesse plus nombreux. Celui de la décharge de Mellery, début ’90, aura été un tournant décisif, l’ouverture d’une voie pour bien d’autres. Un signe de l’importance croissante du phénomène se trouve dans le nombre de recours contre les autorisations délivrées. D’une année à l’autre, cette croissance peut être de plusieurs dizaines de %. Toutefois, les chiffres absolus restent rassurants. Par exemple, sur 2.500 permis d’urbanisme délivrés en 1996/97, seuls 250 ont fait l’objet d’un recours au Gouvernement et, de ceux-ci, 83 ont été portés devant le Conseil d’Etat. De surcroît, les riverains n’étaient à l’origine que de 37 des 83 recours ultimes.

 
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L’émergence

Comme tout phénomène, le NIMBY a un développement qui a pu, au fil des observations, être décrit et formalisé en étapes:

 la rumeur: « on » dit que quelque chose va se passer;
   le sentiment d’injustice des riverains: « pas de ça ! »;
   la recherche d’information des riverains;
   la médiatisation du projet et de l’opposition;
   le lobbying des parties auprès des autorités, de la société civile, éventuellement d’autres sociétés;
   l’affrontement sous forme de manifestations, de pétitions, …;
   la négociation et la résolution dans le meilleur des cas;
   éventuellement l’accompagnement, si le projet se réalise, que la volonté existe et que le climat le  permet.
 
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Les causes

A la base, une évidence: les acteurs ont une perception différente du projet. Les promoteurs y voient un moyen pour leur démarche, les riverains une modification imposée de l’environnement qu’ils ont choisi et les autorités un événement à prendre en compte parmi d’autres dans leur action politique.

Les analystes donnent ensuite des explications à la fois sociologiques et psychologiques aux frictions nées de la rencontre de ces points de vue.

 
Le sentiment de possession du territoire environnant: le phénomène NIMBY est un conflit de proximité, il est lié, d’une part, à la crainte de voir le cadre de vie se modifier ( diminution de la qualité de vie, de la sécurité, de la valeur de ses biens immobiliers) et, d’autre part, à la défense des intérêts des particuliers, même si la politique générale du projet est acceptée (ce qui n’est pas une règle générale).

Dans le même temps, la population développe un sentiment de dépossession: quelque chose se  passe sans que l’avis des principaux intéressés ne soit demandé et pris en compte.

La perte de confiance de la population à l’égard des décideurs, politiques ou économiques et à l’égard des experts scientifiques.

L'évolution des risques et l’incertitude: par exemple, que sait-on des réels effets dans l'espace ou dans le temps de certains déchets? Les querelles d’experts alimentent la question.

Le décalage entre lieu de vie et de travail: il est plus facile d’accepter une usine sidérurgique au bout de la rue si elle vous donne du travail ; par contre, une station d’épuration d’eau dans votre petit village alors que vous travaillez en ville…

Le poids du passé dans le domaine de l'environnement: l'émergence des problèmes environnementaux liés à la surveillance et au contrôle des activités industrielles dans le passé créent un climat d’inquiétude qui se transforme rapidement en méfiance.

La population est inquiète, éprouve un sentiment de menace. Qu’importe que cette dernière soit réelle ou imaginaire: ce qui se vit comme réel est réel dans ses conséquences, en l’occurrence un conflit.

On le voit, le conflit NIMBY tient en bonne partie à des perceptions, des sentiments, des représentations, autant qu’à des réalités concrètes observables par chacun. Il n’est donc pas étonnant que l’importance croissante du phénomène baigne dans les paradoxes:

Les risques n’ont jamais été autant étudiés et, pour la plupart, connus et maîtrisés ; pourtant la peur du risque est toujours plus forte et les scientifiques régulièrement contestés;

Le droit à l'information et les procédures réglant la diffusion de ces informations n’ont jamais été aussi importants; toutefois, la population demande toujours plus de transparence… mais la participation de celle-ci est loin d’être évidente et optimale;

Les lois et réglements n’ont jamais été aussi stricts quant à la protection de l’environnement; cependant, la demande de protection croît toujours.

 
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Les enjeux ?

Derrière les conflits particuliers, le phénomène NIMBY cache peut-être des enjeux aujourd’hui décisifs:

L’articulation entre solidarité locale et solidarité globale:les riverains se structurent et luttent ensemble pour refuser un centre pour demandeurs d’asile; d’autres se mobiliseraient pour accepter l’installation d’une usine polluante parce qu’ils bénéficierait de nouveaux emplois…

L’articulation entre propriété privée et territoire commun: jusqu’où peut-on empêcher une initiative privée? A partir de quand celle-ci doit-elle être limitée en raison de ses conséquences sur l’intérêt général?

Fonctionnement de la démocratie moderne: les institutions politiques sont de plus en plus complexes, laissant parfois le citoyen sur le seuil de la vie collective. Leur mobilisation sur des dossiers particuliers est une nouvelle porte d’entrée, à condition que chacun fasse la différence entre l’intérêt collectif et l’addition des intérêts particuliers.

La paix sociale

 
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