QUELQUES CONSEILS …
Fort de ses années d’observation et d’expérience, Inter-Environnement Wallonie estime que pour provoquer un bon NIMBY il faut:

 
Se conformer sans convictions aux conditions d’exploiter et maquiller les entorses en petits "accidents inévitables". 
 
Fonctionner sans contact avec la communauté locale.
 
User d’appuis politiques pour concocter une révision du plan de secteur en vue d’étendre l’exploitation.
 
Demander un permis d’exploiter et être juste en dessous du seuil où une étude d’incidences est obligatoire.
 
En cas d’étude d’incidences, faire pression sur le bureau d’étude pour que l’analyse soit favorable. Faire également pression tout au long du processus auprès des responsables politiques pour que cela passe sans problème.
 
Se conformer de manière minimaliste aux obligations d’enquête publique et de concertation.
 
Commencer à installer le projet avant d’avoir les autorisations.
 

 
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Cette formulation ironique permet a contrario de percevoir les attitudes qui permettent, non pas d’ éviter le conflit, mais de le structurer et de le faire évoluer positivement.

Peut-être ne s’agit-il finalement que de suivre quelques règles élémentaires à toute relation humaine: être de bonne foi, être rigoureux et construire.

 
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Etre de bonne foi

A court terme, un mensonge, même par omission, peut sembler utile. Mais il est tout à fait exceptionnel qu’une information cachée le reste longtemps. Le mensonge alimente alors la suspicion, la rancœur et donc le conflit.

Dire ce qu'on fait

Faire confiance à la capacité qu’aura l’interlocuteur, même adversaire, à comprendre une situation et des arguments ne signifie pas pour autant croire au consensus. Mais chacun est respecté et pris au sérieux, qu’il « joue en attaque ou en défense ».

Vu l’importance de la dimension émotionnelle et psychologique dans ce type de phénomène, la confiance est capitale.

Etre rigoureux

Si le conflit est alimenté par le sentiment d’irrespect, il l’est également par les malentendus. Aussi la clarté et la cohérence sont-elles essentielles.

Faire ce qu’on dit.

D’emblée, il s’agit d’être précis sur la situation, sur ce que l’on sait et ce que l’on ignore, ce qui est de l’ordre du certain ou du possible, sur ce qui est négociable ou non, sur ce que chacun peut ou doit faire.

Ensuite, il importe de rester fidèle à ses définitions et engagements, sinon à justifier, de bonne foi, les changements inhérents à tout processus.

Construire

Le conflit peut être vu comme un affrontement pur et simple, destructeur, où l’un gagne si l’autre perd.

Il peut aussi être vu comme une modalité qui peut être dépassée. Pour transformer positivement le conflit, une condition s’avère nécessaire: que les parties acceptent de construire une résolution au conflit.

Il s’agit donc de se situer dans un mouvement d’association et non d’exclusion. Toutes les parties ne seront sans doute pas satisfaites du résultat, mais au moins elles y auront contribué dans la mesure du possible et des rapports de force.

Etre de bonne foi, être rigoureux et construire sont des attitudes qui peuvent se traduire en comportements plus particuliers à chacun des acteurs.

 
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Conseils aux différents acteurs

 

Promoteurs

Les promoteurs ont le choix entre deux principales manières d’aborder l’implantation de leur projet.

Tout d’abord, les promoteurs peuvent adopter une approche autonome qui se base sur le respect strict des règles: il s’agit de mener son projet sans prendre en considération la population riveraine, partant de leur seul droit ou du droit des bénéficiaires du projet. Ils estiment qu’il sera toujours temps de discuter s’il y a conflit.

La seconde est l'approche collaborative qui se base sur la recherche de dialogue entre les parties impliquées comme moyen d’atteindre l’objectif recherché: cette approche consiste à reconnaître implicitement le droit des riverains à un environnement qui ne se dégrade pas ou, à tout le moins, leur droit à des compensations. Elle implique d’accepter d’entrer dans une logique socio-économique plutôt que financière.

Cette voie s’avère souvent la plus porteuse en cas de conflit. Les propositions suivantes s’y inscrivent:

N’attendez pas le conflit pour informer et concerter

En prenant les devant, vous vous évitez déjà de nourrir la suspicion liée au secret. Ce n’est pas rien…

Offrez un bon interlocuteur

La procédure, les contacts ou le conflit avec les riverains risquent d’être longs. L’affectation dans votre structure d’une personne qui suivra le dossier aide à rester cohérent tout au long du processus. Pour les riverains, cela pourra être perçu comme un gage d’engagement de votre part. Pour vous, cela aidera à capitaliser des connaissances et une expérience, importantes à plus d’un moment clé.

Cette personne devra être au faîte de l’information et avoir une capacité de discuter bien précisée.

Parlez juste plutôt qu’en quadrichromie

La forme de votre communication importe, bien sûr. Mais ne vous trompez pas de genre: le dépliant sur papier glacé distribué dans toutes les boîtes aux lettres a toutes les chances d’être contre-performant, alors que le « parler vrai » en réunion vous fera gagner des points.

Travaillez aussi en interne : tous vos collaborateurs parlent pour vous

Il y a la position officielle, et puis ce que l’on peut percevoir.

La manière dont vos collaborateurs expriment votre projet et votre attitude réelle sera une confirmation ou une trahison de votre position officielle. Et son influence risque de ne pas être mince …

Laissez une place à la consultation et à la négociation

Si vous arrivez avec un projet complètement ficelé et intangible, vous vous bloquez la possibilité de l’adapter aux remarques de riverains, dont on peut a priori penser qu’ils n’auront pas que des idées vaines et vous rendez impossible toute négociation. Or, il est possible que vous deviez passer par là.

Acceptez la compensation

Vous avez quelque chose à gagner à la réalisation de votre projet. Le conflit sera nécessairement violent si vous considérez qu’il est normal que les riverains paient automatiquement les conséquences de vos choix.

A l’inverse, si vous ne voulez pas qu’ils paient, vous devez pouvoir envisager de participer à la compensation d’effets négatifs.

Choisissez adroitement vos experts

Tout en restant honnête, tant sur le plan intellectuel que moral, vous pouvez contribuer à ce que les experts soient des interlocuteurs crédibles:

  • en les stimulant à écouter et intégrer les apports des riverains;
  • en faisant en sorte qu’ils soient présents tout au long du processus et qu’ils tiennent compte des expériences passées 
  • en les poussant à expliciter les raisonnements implicites qui minent parfois le débat, comme par exemple la qualité de la maintenance et du suivi;
  • en les aidant à vulgariser le débat pour le rendre aussi compréhensible que fondé.

Comité d’accompagnement & visites d’entreprises: assurez le service après-vente

Les victoires à la Pyrrhus peuvent coûter cher. Le tout n’est pas d’obtenir votre autorisation si vous devez ensuite faire face à la poursuite d’un conflit larvé, à des coups bas pour votre image. Alors aidez à ce que la décision puisse être comprise : participation à un comité d’accompagnement, organisation périodique de journées portes ouvertes qui permettent de « voir par soi-même » que le diable n’a pas été domicilié dans la commune,... Un rapport d’environnement annuel adapté à la population locale pourrait aller dans le même sens.

 
Conseils aux différents acteurs.
 

Riverains

Profitez du cadre légal

Même si vous avez l’impression qu’avec un projet de décharge, d’antenne ou d’usine près de chez vous c’est le ciel qui vous tombe sur la tête, vous disposez déjà légalement d’une série d’armes:

Le futur décret relatif au permis d’environnement réaffirme le droit d’accès à l’information notamment par le biais de l’enquête publique: celle-ci a pour but de mettre à la disposition du public les informations sur le contenu d’un projet et de permettre au riverains d’exprimer ses observations ou ses objections vis à vis du projet pour un développement durable.

Des procédures d’information et de participation existent, mais il tient à vous de vous en servir; si le projet est complexe, vous pouvez toujours vous faire conseiller.

Fondez votre combat sur l’intérêt général

Il y a des projets inacceptables. Mais il y a aussi des projets légitimes, même si on ne voit pas du meilleur œil qu’ils s’installent au bout de son jardin.

La seule façon d’être pertinent, et donc mobilisateur au-delà du cercle des personnes directement intéressées, est de fonder son combat sur l’intérêt général. Un projet paraîtra contestable aux yeux de l’extérieur non pas parce qu’il vous incommode, mais parce qu’il va à l’encontre du bien commun et d’une certaine idée de ce que doit être le respect de l’environnement.

Dans cette optique, ne perdez pas de vue que l’intérêt général n’est pas la défense collective d’intérêts particuliers.

N’oubliez pas que vous avez des hommes en face de vous

Certes, des projets sembleront parfois être menés par des machines, des monstres administratifs ou capitalistes autistes. Ce n’est pourtant jamais le cas. Dans les projets, à leur base, il y a toujours des hommes qui sont aussi des êtres raisonnables, sensibles et citoyens.

Il n’est pas impossible que, derrière la gangue de leurs fonctions, ces hommes vous entendent. Les attaquer à titre personnel ne les incitera jamais à la bienveillance à votre égard.

Acceptez le dialogue

Une position de principe consiste à refuser tout dialogue: « projet inacceptable, ça ne se discute pas ».

Outre son caractère obtus, ce comportement de pur rejet risque de se retourner contre vous. Par exemple, si vous introduisez un recours contre l’acceptation d’un projet, il sera facile de vous rétorquer un manque de coopération, alors que votre participation aurait permis de nourrir la nuance de la décision.

Alertez la presse au bon moment

La médiatisation de votre combat est sans doute une de ses conditions de succès. Reste à contacter la presse à propos, une fois le dossier assez mûr et une fois évident qu’il faut en passer par là.

Faite trop tôt, cette démarche pourrait être perçue comme une déclaration de guerre, alors même que le processus reste encore largement ouvert.

Les journalistes sont critiques... Ils pourront l’être avec vous.

Allez vers les politiques

C’est bien sûr une des premières choses à laquelle on pense. Mais on s’arrête parfois aux mandataires les plus directement concernés par le dossier.

Or, la sollicitation de mandataires présents dans des instances consultatives d’autres niveaux peut s’avérer efficace par la bande. Quand un mandataire rencontre un autre mandataire, qu’est-ce qu’ils se racontent?

Les chemins de l’influence sont parfois tortueux.

Organisez-vous

Il y a certainement d’autres riverains qui sont dans le même cas que vous: n’hésitez pas à les contacter et organisez-vous. Les actions menées conjointement seront plus structurées et mieux considérées. Les contacts vous permettront aussi de mettre vos compétences en commun.

 
Conseils aux différents acteurs.
 

Pouvoirs publics

Les pouvoirs publics impliqués dans les NIMBY le sont par deux biais: des hommes politiques, mandataires, et du personnel administratif. Ils contribuent ensemble à une même chose : la préparation du dossier et la prise de décision relative à une implantation potentiellement source de conflit.

 

Soyez là

A tort ou à raison, les citoyens perçoivent souvent leurs représentants comme décalés, dans un monde particulier, abstrait des contraintes quotidiennes.

Une des réponses est votre présence sur le terrain, dans les réunions où les discussions naissent, les crispations s’amorcent et où les solutions peuvent germer.

Soyez neutre

Vous êtes au cœur du dossier et pourtant vous devez être étranger à chacun des intérêts en jeu. Vous représentez la collectivité et avez charge de veiller au bien commun, qui n’est réductible ni à la satisfaction immédiate de votre électorat, ni au seul développement économique de votre région.

Vous ne pouvez être partisan, mais vous devez intervenir: en garantissant la procédure, en décidant et surtout en veillant au suivi et au contrôle.

Garantissez la procédure

En tant que responsable public, vous devez maîtriser et veiller au bon respect de la procédure. C’est doublement important.

D’une part, vous garantissez l’exercice du droit et de la justice, vous assurez le garde-fou des dérapages ou des manipulations.

D’autre part, vous contrez le sentiment d’insatisfaction des citoyens qui se sentent exclus du débat.

Dépoussiérez les moyens de consultation

Les outils de consultation qui sont à votre disposition sont principalement l’enquête publique.

Il n’est pas rare que ces procédures deviennent une sorte de routine, dans laquelle plus personne n’en ressente encore clairement les enjeux. Pourtant, une consultation bien menée, dépassant peut-être le cadre habituel et consacré de la procédure, peuvent s’avérer très efficaces pour des projets potentiellement conflictuels.

Assumez pleinement votre rôle d’arbitre et soyez à l’écoute de toutes les parties.

Transformez les outils d’information en outils de communication et d’éducation

Combien de tonnes de documents d’information sortent chaque année des services administratifs sur les questions d’environnement? Quelle proportion est lue?

On peut parier que beaucoup d’efficacité serait gagnée, beaucoup d’énergie et d’argent seraient épargnés si cette production s’enracinait dans un réel souci de communication et d’éducation plutôt que dans l’habitude.

Vous avez des outils: perfectionnez-les.

 
Conseils aux différents acteurs.